La diagonale du traître

C’est d’abord le billet de Cuné qui m’a donné envie de lire ce recueil de nouvelles. C’est ensuite l’envie de découvrir ce que Dialogues, grande librairie de Brest (voire « la plus grande librairie du grand Ouest! »), pouvait faire en tant que jeune maison d’édition. Poussée par ces deux forces (quasi-)irrésistibles, je me suis donc procuré ce recueil d’Hervé Hamon, La diagonale du traître. Un ensemble de douze nouvelles qui abordent, chacune à sa manière, la trahison ou ce que l’on suppose telle, sous ses formes les plus variées… Petit bémol par rapport à l’analyse de Cuné, je n’ai pas été emballée partoutes ces histoires. Certaines, et notamment celles derrière lesquelles on sentait un certain vécu, m’ont parues de bien meilleure qualité que d’autres, plus « bateau », dirais-je, pour rester dans l’ambiance brestoise (où j’étais d’ailleurs hier!).

Nouvelle star fait partie de celles qui m’ont le plus emballée, tant le regard porté sur la célébrité, le désir de paillettes et de strass qu’on peut trouver en toute midinette est juste. Une soif de reconnaissance doublée d’un individualisme forcené et d’une certaine aptitude à la manipulation. Mais telle n’est pas prise celle qui croyait l’être, telle pourrait être la morale déformée de cette histoire.

Evidemment, Zouzou, c’est pas les histoires d’amour qui l’encombrent. Parce qu’elle a rien pour elle, rien de rien. Déjà qu’elle est négresse, c’est pas de pot. Mais, ça encore, y ‘en a qui assument. Le pire, avec Zouzou, c’est qu’elle est hyper-grosse. Et pas qu’un peu. Grosse, grosse, voyez. Je dirais pas énorme parce que c’est désobligeant, mais limite, carrément limite. Limite énorme. Ses bras, on dirait des cuisses, et ses cuisses, on ne sait pas trop quoi dire.

Dans Dégage, un homme se voit largué du jour au lendemain et sans ménagement. Il essaie de survivre, de faire bonne figure mais il semble que pour son ex-femme, cela ne soit pas encore suffisant. Mr Singh nous fait voyager en Inde d’une manière très particulière et 53ème Congrès dévoile le vrai visage de la politique à la française. Dans Tellement formidable, on comprend comment se prennent – ou pas! – les décisions dans le milieu de la production télévisuelle. Les descriptions sonnent juste et ce sont les travers de notre société moderne qui sont observés, grossis et dont le dérisoire ou le ridicule finit par nous sauter au visage.

Le protocole était toujours le même. Seules les têtes changeaient. Très souvent. Pas les petites têtes, non. Les grosses, les pensantes, les têtes de décideurs, les têtes à budget. Avant de les rencontrer, il fallait gravir les marches, passer sous le portique de détecteur de métaux, se présenter à l’accueil où on remettait aux visiteurs un badge contre une pièce d’identité, prendre l’ascenseur et s’élever dans la cathédrale de verre, dominer le vertige du vide s’ouvrant sous les pieds, enfiler trois couloirs et s’arrêter enfin à une sorte d’espace d’attente, non-lieu garni de fauteuils en mousse.

L’infidèle, avant-dernière nouvelle du recueil, est peut-être celle qui m’a touchée le plus car elle aborde ce moment de maturité où se flétrissent les illusions qu’on avait encore sur le monde et cette confiance, naïve, en une intelligence forcément victorieuse.

Ce que j’ai découvert, en « montant » à Paris pour préparer le concours, c’est l’abâtardissement de l’esprit, c’est l’avilissement de la pensée, c’est le règne absolu, sans vergogne, du conformisme le plus extrême, d’un conformisme raffiné, délibéré. Non point le règne de l’habitude, le poids de l’héritage. C’est plus réfléchi, plus conscient. Un abaissement collectif, cynique, stratégique. Un formatage raisonné.

Après avoir refermé le recueil, on a envie de l’ouvrir de nouveau, de piocher certains passages au hasard, d’entamer une deuxième lecture, plus approfondie. Car les nouvelles, malgré leur brièveté, sont un condensé de vie qui en dit plus long que certains romans.

Nota bene : un code permet de télécharger les nouvelles sur iPhone, iPod et autres petits jouets modernes… Bien utile quand on veut lire dans un métro bondé ou le soir, sous la couette, sans déranger l’autre! 🙂

La diagonale du traître, Hervé Hamon, éditions Dialogues, 17€50

 

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