Le vertige des auteurs

Devant attendre encore un peu avant de me plonger avec délices dans La Commissaire n’aime point les vers, je me suis consolée avec Le Vertige des Auteurs. Bien m’en a pris car l’humour féroce de Georges Flipo a réussi à gommer le gris d’un sinistre après-midi de samedi.

Il y a du Don Quichotte en Sylvain Vasseur, personnage central du Vertige des Auteurs… Comme l’hidalgo de la Manche, les mots (des lettres de réclamation qu’il écrit pour Air Hexagone) lui montent à la tête et il suffit du petit coup de pouce de son patron et d’une mise à la retraite anticipée pour qu’il se prenne pour un chevalier des lettres… A peine son pot de départ terminé, Sylvain Vasseur entre en écriture… Son acharnement à devenir un auteur, un vrai, un de ceux qu’on publie, va littéralement bouleverser sa vie.

Les premières pages sont trompeuses. Le lecteur ne peut, en effet, s’empêcher d’éprouver un peu de compassion pour cet homme, broyé par la restructuration, friand des égards que les puissants lui témoignent, naïf dans un monde sans pitié, qui croit qu’il suffit de vouloir pour pouvoir. Mais très vite, au fur et à mesure que Sylvain Vasseur ouvre les vannes de son égoïsme – négligeant sa femme, trahissant ses amis pour mieux se consacrer à sa future gloire – le lecteur reconsidère sa position et c’est avec une jubilation non-feinte qu’il suit l’aspirant écrivain dans ses aventures calamiteuses. N’ayant rien à dire et encore moins à écrire, le plumitif se jette à corps perdu dans le concept et invente l’histoire récursive… L’auto-fiction ne dit pas son nom. La belle Arlette se lasse. La photocopieuse tourne à plein régime. Sylvain est mûr pour toutes les compromissions…

Rien n’est épargné à cet anti-héros d’un genre nouveau. On rit de ce parcours du combattant, mâtiné de chemin de croix, tout en se demandant quelle est la part de vécu chez Georges Flipo, cet auteur facétieux qui sur-parfait son personnage pour mieux le détruire en vol…(seuls les initiés comprendront le double clin d’œil… digne du meilleur Sylvain Vasseur!). La description du monde de l’édition et de ceux qui aspirent à y entrer est sans pitié. Et il faut toute la douceur d’Arlette que ces bouleversements révèlent à elle-même pour compenser un peu le mordant du trait… A mettre entre les mains de ceux qui cachent un manuscrit dans leur tiroir et des autres (on ne sait jamais…).

Dès son arrivée à l’hôtel, Sylvain passa en revue sa garde-robe. Durant l’année, les écrivains s’habillent en costumes noirs et chemises kaki ou blanches, ouvertes. Mais en vacances? Le bermuda à carreaux lui allait bien, mais faisait trop américain. Le jeans était envisageable, surtout s’il trempait le bas dans l’eau de mer. « Excusez-moi, je marchais le long de la grève, comme je le fais tous les soirs, et je me suis fait surprendre par une vague un peu forte… » Oui, l’histoire sonnait bien, mais il devrait la répéter à chaque invité. Il préféra descendre avenue Carnot et acheta un pantalon blanc dont les plis étaient trop marqués. Il le passa sous la douche et le garda sur lui. Dans quelques heures, il serait sec tout en restant défraîchi, parfait, ça ferait écrivain.

Le vertige des auteurs, Georges Flipo, le Castor Astral, 15€

 

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