Long week-end

C’est comme ça, la blogosphère (1) : ça bruit, ça chuchote, ça insuffle dans les bronches du lecteur un souffle épique, ça distille dans ses oreilles le nom de quelques auteurs indispensables, ça fourmille d’idées de textes tous plus alléchants les uns que les autres… Et c’est ainsi, à force d’une fréquentation assidue, que je me suis retrouvée avec ce livre dans les mains. Je n’ai vraiment pas fait exprès. Je vous le jure! Il m’a sauté tout seul dans les bras, du haut de sa pile, à la librairie. A croire qu’il m’attendait! Tel un bon gros matou, il a passé une partie du week-end sur mes genoux. Complaisant jusqu’au bout, il s’est laissé lire du début à la fin. Et maintenant, me voilà bien embêtée car comment faire aussi bon que le billet sur In Cold Blog? Vous suggérer de ne pas le lire? Ce serait contraire à l’éthique des blogueurs! Procrastiner? J’ai déjà assez abusé de ce verbe là… Allez, un peu de courage, en ce lundi matin, Gwé, lance toi!

Bon, d’accord… Mais c’est bien parce que c’est vous!

Adele et Henry. Un couple étrange, pas au sens classique du terme puisqu’il s’agit de la mère et du fils. Ils vivent à l’écart, dans un petit lotissement, évitant au maximum les échanges, les rencontres. Henry, jeune teenager (il a tout juste treize ans mais possède une maturité bien supérieure à son âge réel) sait bien que sa mère est bizarre. Qu’elle ne ressemble pas aux autres mères, qu’il croise parfois. Sans réel travail, affolée à l’idée de sortir de sa maison, sans amour et sans ami, elle a de curieuses sautes d’humeur, des réactions imprévisibles qui mettent Henry mal à l’aise. Cependant, puisque son père est parti reconstruire une famille à quelques rues de là, le jeune garçon se sent investi du devoir de prendre soin de celle qui l’a mis au monde.

Or, un jour, alors qu’Adele s’est risquée à emmener son fils faire quelques courses au supermarché, voilà qu’un inconnu les aborde. Il est blessé mais pas vraiment inquiétant. Il demande de l’aide, qu’on lui prête asile pour quelque temps. Adele accepte et ramène Frank – c’est le nom de l’homme – chez elle. Très vite, elle et son fils comprennent que Franck s’est évadé de prison. Mais curieusement, l’inconnu n’a pas une attitude très inquiétante. Au contraire, énergique, doux, respectueux, il apporte avec lui un vent de nouveauté qui renouvelle l’air un peu saturé dans lequel Henry et sa mère évoluaient jusqu’alors. Finies les boites de soupes Campbell, Frank fait la cuisine comme un chef. Fini l’ennui dans la chaleur des après-midis, Frank sait comment distraire un jeune garçon. Fini le silence, la radio chante et dans le salon, Adele et Frank dansent…

Si Henry est soulagé d’avoir enfin de l’aide pour prendre soin de sa mère, il est aussi inquiet à l’idée que cet homme puisse faire voler en éclats leur vie à l’abri du monde car entre lui et Adele, l’amour est presqu’immédiat. Love at first sight… A treize ans, on ne connait rien à la vie, même si cette vie s’est chargée de vous faire mûrir trop vite. En plein doute, ne sachant pas s’il peut faire confiance à cet étranger, Henry est tenté de s’en débarrasser, y compris par des moyens peu appropriés.

Roman d’apprentissage, histoire d’amour, radiographie des conséquences d’un acte fondateur, manuel sur la puberté, ce livre peut se lire de bien des manières. Le style de Joyce Maynard, sans tambour ni trompette, sans artifice non plus, emmène doucement le lecteur sur le chemin de ce récit dont l’éclat se révèle au fil des pages, jusqu’au dernier mot. Les personnages prennent tout de suite toute leur consistance et sont particulièrement attachants. A coups de plume légers, l’auteur décrit parfaitement les peurs, les doutes et les espoirs des uns et des autres. Un livre à offrir à ceux qu’on aime ou bien à s’offrir pour une pause délicate et pleine de charme, loin de la frénésie de la blogosphère… 🙂

Long week-end, Joyce Maynard, editions Philippe Rey, 19€

(1) appelée aussi « blogochose », in Petit Flipo Illustré

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. In Cold Blog dit :

    Des petites choses, un style qui fait mouche sans avoir l’air d’y toucher, qui font un grand livre. Ce roman aura été pour moi une vraie bonne surprise, dépassant toutes mes attentes. Il m’en reste encore quelques instants très prégnants, sans parler de la fameuse tarte aux pommes !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ ICB : « sans avoir l’air d’y toucher »… c’est exactement l’impression que j’ai eue en le lisant.

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