L’annonce

Dans une campagne immuable, Annette, femme encore jeune, et son fils, Eric, essaient de prendre racine. A la suite d’une annonce à laquelle elle a répondu, Annette, en effet, a fait connaissance de Paul, paysan installé dans un hameau du Cantal, pris dans l’écheveau des terres, des bêtes et d’une famille qu’il n’a pas choisi mais avec laquelle il a appris à composer : Nicole, sa sœur, et ses deux oncles octogénaires. Mais Paul, même s’il sait que personne ne reprendra l’exploitation après lui, refuse de se passer de la douceur d’une femme pour vivre à ses côtés, l’accompagner, partager avec lui les longues nuits d’été, les repas de famille, les joies et les soucis. Quelques rencontres avec Annette ont suffi pour qu’ils comprennent qu’entre eux une forme de compagnonnage était possible. Et promptement, elle a déménagé de son Nord natal pour venir s’installer à la ferme.

L’annonce est le récit de cette arrivée, ou plutôt de cette greffe, dont on se demande à chaque page si elle va prendre, tant pour la mère que pour l’enfant qui doivent faire face à une hostilité plus ou moins larvée, à des usages inconnus, à des rites implicites. La description des paysages, des habitudes et des personnages fait sentir au lecteur cette terre aride, difficile à apprivoiser, qui recèle dans ses plis  des beautés simples mais aussi une certaine sauvagerie, tapie au creux des bois et des champs, prête à bondir. Il y a de très beaux passages – l’orage, la nuit, les jeux d’Eric avec Lola, la chienne de la ferme – écrits dans un style précis, riche, affûté, parfois jusqu’à l’excès…

Je sais que beaucoup sont unanimes, dans la blogbulle, pour considérer ce roman comme une réussite. Pour ma part, je l’ai trouvé inégal. A cause du style, justement, qui enferme le récit dans un corset de mots sophistiqués à l’extrême quand il faudrait mettre, ici et là, une  certaine simplicité : Le fils des Vidal de Soulages, écrasé à vingt-deux ans par son tracteur neuf renversé sur une pente cent fois pratiquée en d’usuelles circonstances… Pour le coup, je les trouve plutôt aggravantes, les circonstances… Plusieurs fois, l’envolée d’une description poétique finit par retomber lourdement en stéréotype : le paysan taiseux, la vieille dame digne à chignon, la sœur vieille fille et aigrie, le gamin qui se tait mais qui n’en pense pas moins. Enfin, j’ai été gênée dans ma lecture par un tic d’écriture qui revient une dizaine de fois au moins : les bouchées faisaient bosse le long des cous maigres (p86), une femme faisait besoin à Fridières (p43), la grange était vaisseau (p62), ils ne donnaient pas peine(p59), les toits du Jaladis faisaient repère (p67), le vain désir de faire famille (p97). Cette absence systématique d’article avant le mot, lue une fois ou deux, peut « faire patois » (!) mais après cinq ou six occurences, ça « fait style »…

Malgré ces réserves, j’ai trouvé cette histoire sobre et touchante. L’auteur y déploie le portrait clairvoyant d’une vie paysanne traversée de réflexes millénaires, où se déploie une intelligence muette entre les hommes, les bêtes et la nature et d’où les tiraillements créés par la modernité ne sont pas absents.

A lire aussi, le billet de Sylire.

Merci à Argantel qui a fait voyager ce livre jusqu’à chez moi…

L’annonce, Marie Hélène Lafon, Buchet – Chastel, 15€

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. In Cold Blog dit :

    Je me souviens avoir été emballé par ce livre, et les effets stylistiques qui t’ont gênée m’ont semblé s’inscrire parfaitement dans le récit. Il faudrait sans doute que je lise un nouveau roman de MH Lafon pour que je puisse voir si son style me convient tout autant.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ ICB : je n’aime pas voir la trame sous l’ouvrage! 😉

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