D’où je suis je vois la Lune

Dans la novlangue de notre monde moderne, Moon est une SDF, une sans-abri qui vit dans des cartons, près de la boutique d’une fleuriste, dans une ville de province. Depuis le trottoir où elle a élu domicile, elle observe les gens qui traversent la place, entrent et sortent des boutiques, au fil des saisons. Jamais pathétique, Moon. Au contraire. Elle essaie de tenir bon et vend ses sourires aux passants contre quelques piécettes. Elle n’est pas toute seule : il y a Comète, son chiot et puis Boule, Michou et Suzie avec leur caddie, Fidji, son homme et Slam qui sort de prison. Un jour, Moon a une idée : faire un cadeau à Fidji, celui qu’elle aime, pour son anniversaire. Oui, c’est ça, elle va écrire une histoire rien que pour lui. Peu à peu, sur un carnet volé, avec un bic volé lui aussi, elle commence à écrire des bribes de mots, des pensées, des histoires…

Reprenant une phrase célèbre, certains disent qu’on ne naît pas écrivain, on le devient… Est-ce que Moon est née écrivain? Ou bien au contraire est-ce la rue qui l’a fait devenir? A suivre son histoire, il semble que les mots ont toujours flotté en elle mais que personne, ou presque, ne pouvait les entendre… Même pas elle, véritable tête de mule qui ne fait jamais ce que les autres attendent , qui a l’impression de ne savoir que décevoir ceux qui espèrent et qui, à force de décalage, ne sait plus rien. Comment on mange. Comment on dort dans un vrai lit. Comment on espère… La vie l’a forcée à se blinder et une fois la muraille défensive construite, Moon se rend compte que ce n’est pas si facile d’en sortir.

Juste, drôle et sincère, ce joli roman fait pousser des fleurs sur le bitume et des idées folles dans la tête d’une jeune fille dont la vie part en vrille. Des remarques qui font mouche, de très jolis passages et l’espoir comme un fil conducteur : pas étonnant que ce roman remporte du succès et ait les faveurs d’un grand nombre de blogueurs et blogueuses. Il m’a pourtant laissé un sentiment mitigé et j’ai été partagée entre l’enthousiasme et la déception. Enthousiasme pour les raisons que je viens de citer. Déception parce que ce joli conte de fées, où le sordide est  tenu en lisière, où la rue prend souvent un côté « bonhomme » et sans danger ne sonne pas juste à mes oreilles. L’auteur a fait un conte moderne et charmant mais on a beau y chercher la Bête ou le Grand Méchant Loup, on ne les trouve pas…

Extrait

Mon souci c’est ça, j’ai des idées mais elles ne veulent pas s’écrire, elles me résistent, comme si je ne les méritais pas. Mais dans le fond, je garde confiance. Pour Noël, ce sera prêt, ça ressemblera à un vrai livre avec des agrafes, Fidji n’en reviendra pas de mes capacités. Noël, c’est la bonne saison, les sourires se vendent plutôt bien, même sans paquet-cadeau. Les gens sont très pressés et un peu énervés de ne pas trouver ce qu’il y avait sur le catalogue, je les écoute parler, c’est assez drôle. Ils portent des sacs énormes avec des petits paquets ou des trucs gigantesques qui rentrent même pas dans les plus grands sacs.

D’où je suis, je vois la lune, Maud Lethielleux, Stock, 18€50

Merci à Sylire qui a bien voulu partager avec moi cette plaisante histoire!

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