Les chérubins de la moquette

Rares sont les auteurs grecs traduits en français et c’est d’abord ce qui m’a attirée vers ce livre. Le résumé, au dos, n’a fait que confirmer mon envie de le lire.

Attention, c’est un roman un peu spécial, étrange et dérangeant, tant dans sa forme que dans son contenu.

Maria a 39 ans, elle est mariée et a trois enfants. Elle vit à Athènes, dans un quartier chic. Son mari est architecte. Elle aurait pu l’être aussi mais elle a renoncé à faire carrière. En fait, elle a renoncé à beaucoup de choses, Maria. C’est ce que l’on découvre au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans ses pensées et dans la journée. Tour à tour tendre ou cynique, Maria évoque sa famille – proche et élargie -, ses amies, sa jeunesse, ses enfants. Si dans un premier temps, l’héroïne apparait comme une simple mère au foyer, légèrement obsédée par le ménage et les acariens, peu à peu, le portrait se nuance, prend des teintes sombres, étranges, inquiétantes… Maria n’est pas tout à fait ce qu’elle paraît, loin de là mais impossible de le savoir si on n’entre pas dans sa tête car c’est essentiellement là qu’elle vit. La réalité n’est pour elle qu’un vivier où elle puise évènements, paroles, échanges pour mieux les disséquer, en comprendre les enjeux sous-jacents, tout en passant l’éponge ou le chiffon à poussière…

La pièce préférée de Maria, une salle de bains un peu basse de plafond et sans fenêtres, peut être vue comme une métaphore de sa conscience, ce lieu intime où elle n’en finit pas de s’enfermer. Et si Maria est si obsédée par les microbes qu’elle imagine pulluler dans la maison, c’est peut-être justement parce que sa conscience n’est pas très nette. Pas très propre. Elle aurait, elle aussi, besoin d’une bonne purge… Mais Maria ne veut rien lâcher. Elle vit dans l’illusion qu’elle peut tout maîtriser…Portrait sans concession d’une femme frustrée, qui attribue aux autres les raisons de sa résignation, incapable de parler avec ceux qu’elle prétend aimer, manipulatrice et froide, Les Chérubins de la Moquette est un livre qui repousse loin les limites de l’introspection. C’est aussi un livre assez emblématique, je trouve, de notre société, avec sa bonne conscience étalée à grands frais, sa misanthropie déguisée, son individualisme forcené et sa sexualité toujours mal assumée…

Le livre d’Eléni Yannakaki, une fois refermé, parait aussi glaçant que le film Psychose, d’Hitchcock car sous la banalité du quotidien, sommeille une noirceur sans fond, indissociable de notre humanité.

Les chérubins de la moquette, Eléni Yannakaki, Actes Sud, 22€

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