La passerelle

Aperçu chez Aifelle, le dernier livre de Lorrie Moore m’a d’emblée tentée et c’est en anglais que je l’ai lu. La passerelle ou The Gate at the Stairs narre cette année de transition durant laquelle la jeune Tassie Keltjin va entrer, de plain pied et assez brutalement, dans l’âge adulte. Issue d’une famille modeste, elle commence son semestre à l’Université de Troy et, pour soulager ses parents, décide de trouver un job pour gagner un peu d’argent. Elle va être recrutée par Sarah et Edward qui s’apprêtent à adopter un bébé et ont besoin de quelqu’un pour garder l’enfant.

Associée d’emblée au processus d’adoption, Tassie va découvrir l’envers du décor et, une fois l’enfant à la maison, se frotter au racisme ordinaire d’une société soi-disant multiculturelle mais qui, dans les faits, n’a pas encore digéré l’apartheid car la petite Mary-Emma est métis et cela ne va pas sans susciter de nombreuses réactions… Tassie découvre aussi l’amour en la personne de Reynaldo, qui se prétend brésilien et suit avec elle des cours sur le soufisme à l’université. Mais alors que le temps passe et que Tassie s’attache autant à la petite qu’à son amoureux, elle découvre que les choses ne sont pas ce qu’elle paraissent. Chacun dissimule en lui des failles et des blessures, des remords et des regrets. Lâchetés, trahisons, renoncements, erreurs et mensonges, la liste est longue et c’est avec une sorte de forceps mental que Tassie est arrachée à sa naïveté de jeune provinciale.

L’humour et la tendresse, très présents au début du livre, laissent peu à peu la place à la tristesse et à la désillusion. Tassie va traverser quelques drames et n’en sortira pas intacte, loin de là. Ce roman, qu’on pourrait qualifier d’apprentissage, est prenant et fort bien écrit. Lorrie Moore, tout en ébauchant le portrait d’une vie presque ordinaire, glisse ça et là les ferments d’un drame personnel, celui d’une jeune femme élevée dans le rose de l’enfance et qui découvre soudain que le monde et l’époque renferment une dose de noirceur qui peut être fatale…

A gate at the stairs, Lorrie Moore, Faber, 7£99

La passerelle, Lorrie Moore,  éditions de l’Olivier, 22€

Publicités

Votre mot à dire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s