Le paradis des femmes

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A l’heure où la France s’enfonce dans un racisme d’Etat qui me révulse, je suis doublement ravie de vous présenter ce livre.

D’une part parce qu’il a été écrit par un écrivain tunisien – Ali Bécheur – et publié par Elyzad, maison d’édition basée à Tunis. Un écrivain que je découvre et dont je lirai sans doute d’autres œuvres, après cette première rencontre qui m’a enchantée. Une maison d’édition jeune et exigeante et qui a l’art de revêtir ses livres de couvertures qui attirent l’œil!

D’autre part parce que c’est un très beau livre qui renferme un histoire qui ne l’est pas moins.

Le narrateur, un écrivain un peu las de son métier, rencontre un jour Luz, une comédienne de passage dans son pays. Très vite épris, il commence à lui raconter son enfance dans ce pays qui n’existe plus que dans ses souvenirs. Et ce récit, mêlant amour neuf et photos sépia sera sans doute son dernier livre, le livre de sa vie.

Dans une langue poétique, qui fait la part belle aux couleurs, aux odeurs et à l’enfance, Ali Bécheur évoque le Tunis des années 40/50. Une ville cosmopolite, où cohabitaient plusieurs religions, où l’on allait faire ses emplettes chez le Djerbien – l’épicier qui avait tout – ou chez le marchand de tissus, Monsieur Bismuth. L’enfant devenu adulte évoque les parties de foot et les histoires racontées le soir par la grand-mère, les journées à la plage, les premières amours…

Ali Bécheur est peut-être, comme le dit la quatrième de couveture, « une voix essentielle dans la littérature tunisienne de langue française ». A mes yeux, c’est un grand écrivain tout court, de ceux qui font passer l’amour des mots avant tout. Le Paradis des femmes est un livre riche, foisonnant, dont chaque mot reste en bouche, comme un nectar suave. Certains chapitres m’ont rappelé l’Algérie décrite par Camus. Un très beau moment de lecture. Un livre où je plongerai de nouveau souvent. Je ne saurais trop vous en recommander la lecture!

Un petit extrait pour mieux vous appâter :

L’enfance, c’est la ville. D’abord, la ville, c’est elle qui, en premier, émerge. Ses maisons basses, ses terrasses imbriquées les unes dans les autres, étagées à perte de vue, elles se découpent sur le mur de la mer, d’autant plus blanches qu’elle bleuissait, irisée de reflets, adossée à l’horizon. Ses champs d’oliviers, sa poussière qui brûlait les yeux, ses nuées de mouches et ses escadrons de moustiques attaquant dès la nuit tombée. Ses flaques et sa boue. Ses orages aussi soudains que vite évaporés, sa mer qui se farde aux couleurs des nuages et les blocs de pierre qu’on avait amassés pour la défendre contres les lames qui, les nuits de tempête, montaient à l’assaut, déferlaient sur l’avenue, venaient battre les pieds des maisons de la Corniche et envahir la terrasse du Petit Mousse, où, à la fraîche, ces messieurs-dames prenaient l’apéro en grignotant des olives et des bretzels, mon père disputait une partie d’échecs avec un ami, lissant ses moustaches d’un air songeur entre deux coups, tandis que je croquais des kakis, regardant les baigneurs s’ébattre sur la plage, où se dressaient, bleues et blanches, des cabines.

Le site des éditions ELYZAD

Le paradis des femmes, Ali Bécheur, Elyzad (2006 pour la version originale et 2010 pour la version de poche), 7€90

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