Quand nous serons heureux

le

Quand nous serons heureux, ce sont trente et une nouvelles qui dissèquent la vie occidentale dans le monde d’aujourd’hui. A traits rapides, Carole Fives nous fait entrer dans ces vies anonymes, celle de la caissière que personne ne voit, de la femme battue, de la fan prête à tout pour approcher son idole, du fils qui s’agite sans jamais parvenir à capter l’attention de son père.

Contrairement à Emmanuelle Urien, par exemple, qui maîtrise parfaitement l’art de la chute, l’auteur, ici, cherche avant tout à saisir l’instant, le petit travers, le gros déraillement, la faille qui va s’agrandissant au fur et à mesure de l’histoire. Changeant de rythme, alternant les voix, Carole Fives joue sur plusieurs registres et fait swinguer sa plume. On sent l’énergie sous le verbe, l’art de percevoir ce qui est invisible au plus grand nombre. Toutes les nouvelles n’ont évidemment pas la même intensité et certaines ont sans doute mûri plus que d’autres, néanmoins, le style et l’originalité méritent qu’on s’y arrête. Et qu’on s’y plonge.

J’ai particulièrement aimé le clin d’œil final. Une nouvelle qui comme un générique de fin laisse entrevoir, lors d’un vernissage, la plupart des personnages qu’on vient de croiser dans le recueil et la toute dernière, ultime pirouette de l’auteur qui montre qu’elle sait aussi pratiquer l’auto-dérision…

Bonne pioche donc! Et une auteure de plus à suivre… 😀

Merci à BOB et aux éditions Le Passage pour cette plaisante lecture.

Un petit extrait

On se demande souvent ce que sont devenus ces gens qui un soir sont sortis promener le chien, acheter un paquet de cigarettes ou de gommes à la nicotine et que personne n’a jamais revus. Ont-ils été enlevés par des extraterrestres juste en face du PMU sans que le buraliste n’ait rien aperçu? Ont-ils été foudroyés par l’amour en bas de chez eux au point d’oublier qu’une famille les attendait, pieds sous la table, pour attaquer les coquillettes-jambon? On envisage souvent des issues extrêmes, soit qu’ils vivraient désormais sur des îles tropicales et paradisiaques, à l’abri de soucis financiers, soit qu’ils aient été assassinés dans de sommaires conditions et leur corps enterré à la va-vite en bordure d’une départementale quelconque. C’est qu’on a du mal à s’imaginer la plus ordinaire des solutions.

Carole Fives, Quand nous serons heureux, Le passage

Advertisements

Votre mot à dire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s