Le crieur de nuit

Dans ce roman (d’inspiration largement autobiographique), la narratrice s’adresse à son père qui vient de mourir. Tyrannique, autoritaire, violent : ce dernier lui faisait tellement peur qu’elle n’a jamais pu lui dire, de son vivant, ce qu’elle avait sur le cœur. Les cinq jours qu’elle va passer en Bretagne, à l’occasion des funérailles, avec frère, sœur et mère vont être l’occasion pour elle de solder ce passé qui lui est si longtemps resté en travers de la gorge… Dans le corps du roman, sont également insérés des passages du livre La légende de la mort chez les Bretons armoricains, d’Anatole Le Braz.

La première partie de ce (trop?) court roman – disons, jusqu’à l’enterrement – est assez sombre. La narratrice se remémore son enfance, en compagnie de l’homme qu’était son père. Brimades, vexations, insultes étaient son lot quotidien, ainsi que celui de sa sœur Isabelle et de son frère Eric. Cette famille, coupée des autres en raison de la paranoïa du père, vivait alors dans une sorte d’autarcie affective, à la manière de ces pays qui se referment sur les délires de leur dictateur, obligeant les populations à faire le dos rond en attendant que ça passe. Et tant pis pour les dégâts…

La seconde partie, si elle est un peu plus drôle, en raison de l’humour – souvent noir – dont font preuve les personnages, m’a plu davantage mais aussi laissée sur ma faim. Car ce roman, en forme de catharsis, ne fait qu’évoquer les séquelles de cette éducation au bord de la folie. Par pudeur sans doute, puisque bien souvent la voix de la narratrice se confond avec celle de l’auteure… Néanmoins, je regrette que Nelly Alard soit passée si rapidement sur son adolescence et sa vie de jeune femme. Les difficultés à se remettre debout après une telle enfance sont brossées à grands traits, c’est dommage car c’est là que se trouve le nœud du problème : comment devenir adulte, confiant, sûr de soi, autonome quand, durant l’enfance, on a été fragilisé à l’extrême, quand toutes les émotions ont été niées, les rêves détruits et les sentiments dévalués?

Est-ce qu’on peut vraiment guérir d’une éducation qui pratique la violence au nom de l’amour? Vous le découvrirez, peut-être, en lisant Le crieur de nuit…

Les billets de SylireMango et Clara

Le crieur de nuit, Nelly Alard, Gallimard, 13€

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. citrouille dit :

    Bonjour, je viens de découvrir ce livre et je regrette aussi que l’auteure n’ait pas plus développé les difficultés à se construire. Et surtout, la difficulté à ouvrir les yeux sur la maltraitance subie pendant l’enfance et, un beau jour, à enfin la reconnaître comme telle. A cause de cela, j’ai d’ailleurs beaucoup de mal à croire que cela puisse être un récit d’inspiration autobiographique… Merci pour votre billet !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Citrouille : et merci à vous pour ce commentaire! Contrairement à beaucoup d’autres, j’étais, en effet, restée sur ma faim après cette lecture…

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