Nage Libre

Nicola Keegan, c’est l’anti-Katherine Pancol. Encore une fois, je risque le claquage littéraire en lisant l’une après l’autre mais vous savez bien, chers ami(e)s, que je suis prête à prendre tous les risques pour vous, y compris me glisser dans un pseudo-club de lecture douarneniste ou  boire du Perrier

Philomena, personnage principal de ce roman et narratrice sans édulcorant, un mètre quatre-vingt dix, soixante deux kilos, ne ressemble à personne. Sauf à une nageuse de compétition, ce qu’elle est d’ailleurs, pendant un tiers de ce livre. Avant d’atteindre la puissance et la gloire, elle a connu une enfance saccadée et triste, oscillant sans cesse entre exubérance folle et désespoir, entre bigoterie et crise de nerfs. Deux drames dans cette famille atypique semblent lui avoir ôté toute chance de s’en sortir. Alors Philoména fuit. Dans le sport et l’effort intense qui annihile toute pensée. Pour elle, l’espoir est au bout de la ligne d’eau. Mais une fois le sommet atteint, que faire? Revenir à la vie et à son semblant de normalité? Il s’avère que pour la jeune fille, ce défi-là dépasse en difficulté toutes les épreuves des Jeux Olympiques…

Nicola Keegan, d’origine irlandaise, a écrit un roman à contre-courant. Un roman étrange, drôle, dérangeant. De l’anti-Pancol vous dis-je! Philomena ne fait rien comme tout le monde. Cette grande chose dégingandée, qui peine parfois à s’exprimer, semble toujours aborder la vie par le mauvais versant. Gamine mal dans sa peau que ses propres parents ne comprennent pas, elle ne trouve son bien-être que dans l’eau. Peut-être parce que la piscine lui permet de voir la vie en bleu, à défaut de rose? Peut-être parce que le prisme de l’eau, déformant une réalité déjà passablement bancale, rétablit un certain équilibre? Mal aimée, négligée, passant les obstacles et les épreuves sans comprendre, Philomena a tout du coquelicot solitaire, au milieu des champs de blé. Face à une famille déglinguée, à des questionnement existentiels auxquels elle ne sait comment répondre, la compétition de haut niveau ressemble presque à une promenade de santé. Cependant, cet emplâtre n’a qu’un temps. Bientôt, ce que l’esprit de Philoména refuse d’admettre, son corps l’oblige à le faire. Commence alors pour elle, une descente dans un enfer intérieur, dans ces profondeurs qu’elle pressentait sans oser s’en approcher. Après la nage , elle va devoir apprivoiser la liberté.

Un petit extrait qui résume bien le dilemme du personnage et le style de l’auteur : La vie m’a déjà fait connaître plusieurs de ses plus fameux jalons : fille, femme, vierge, championne olympique, recordwoman, étudiante, propriétaire d’une jeep neuve, croqueuse d’hommes. Mais aucun événement extérieur assez frappant pour provoquer un chamboulement intérieur. Je suis restée la même : grande, contrariée, en manque d’amour, et solitaire, d’une manière qui reste inexpliquée malgré toutes mes tentatives d’y voir plus clair.

Nage libre, Nicola Keegan, Editions de l’Olivier, 23€

D’autres billets chez CunéFashion et Amanda qui compléteront utilement le mien…

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