Le blues des grands lacs

Une histoire de musique, d’amour et de mer. A moins que ce ne soit l’histoire d’un homme qui passe à côté des chances de sa vie à force de poursuivre une chimère. Ou les deux ensemble. Un blues, ça c’est sûr, d’eau douce des lacs, d’eau salée de larmes. Un chant venu des profondeurs. Une mélodie d’hier et de demain, qui mêle les thèmes pour mieux nous emporter.

Tu peux saborder le bateau mais un Moore ne coule pas. Cette phrase, Coleman Moore l’a entendue dans la bouche de son grand-père et de son père durant toute sa jeunesse. Sans qu’il le sache, elle résumait déjà toute sa vie. Alors que ses parents n’étaient tournés que vers les étendues liquides, amoureux des voiles et de l’immensité, Coleman (Jason de son vrai nom), lui, a préféré la musique. Mais alors qu’il était en passe de réussir le grand chelem :  être un musicien brillant et reconnu, un homme comblé par l’amour et l’amitié, il a tourné le dos à sa bonne fortune et a fui. Quoi? Le bonheur, peut-être. Ou lui-même. Mais à vouloir trop jouer avec la chance, il a fini par tout perdre, y compris ses mains, désormais brisées et qui ne peuvent plus ternir sa guitare qu’à grand peine. Le seul fil qui retient Coleman à la vie est sa fille, Heather. Au cours des nuits qu’il passe dans le cockpit du bateau qui appartint à son père, en compagnie de ses souvenirs et d’une bouteille de vodka glacée, il convoque ses souvenirs et cherche à conjurer son désarroi.

Exercice périlleux que de vouloir résumer ce livre qui s’écoute plus qu’il ne se lit. Car la musique est omniprésente et c’est un des tours de force de l’auteur, Joseph Coulson, que de lui rendre hommage par son écriture limpide, dansante, harmonieuse. J’ai beau tenter de cerner la magie de cette histoire, mes mots paraissent toujours insuffisants. Alors, sachez juste qu’il s’agit d’une histoire bouleversante d’humanité et de douceur triste. Un portrait d’homme qui touche au cœur. Et autour de lui, des amis et des amours qui, à l’image d’un quintette de jazz, soutiennent et entourent le musicien principal. Et réchauffent sa voix. Jusqu’à ce que le morceau s’achève sur un élan de vie.

Extrait :

Il se souvient de sa première leçon – même si, sur le moment, nul n’aurait songé à appeler ça une leçon; du jour où il a vu la guitare, avec son corps noir et son manche en ébène, posée sur un stand argenté, l’a prise sans réfléchir et, se fiant à son poids dans ses mains, a su, comme par communion, qu’il l’avait déjà dans la peau, qu’il se sentait davantage lui-même en la tenant, malgré ses doigts déboussolés.

Le blues des grands lacs, Joseph Coulson, Sabine Wespeiser Editeur

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