Mémoires de porc-épic

Je connais peu d’auteurs africains. Par contre, je suis souvent allée écouter des conteurs africains qui n’avaient pas leur pareil pour enchanter leur auditoire avec les histoires de M’bakatré La Hyène, Mibero le petit garçon distrait ou de l’Arbre qui parle. Aussi, quand j’ai voulu découvrir l’œuvre d’Alain Mabanckou – sur les conseils insistants de Constance – je me suis dit que Mémoires de porc-épic était bien adapté. Dans ce roman, en effet, l’auteur s’inspire d’une légende populaire selon laquelle chaque être humain possède un double animal. On n’est alors pas très loin du conte…

Quand le roman débute, le maître de porc-épic, Kibandi, vient de mourir. Curieusement, son double ne l’a pas suivi dans l’au-delà. Après avoir erré un moment, l’animal se retrouve au pied d’un vieux baobab auprès duquel il soulage sa conscience et raconte sa drôle d’histoire. Il explique la différence entre doubles nuisibles et doubles pacifiques, la manière dont un jeune humain se retrouve lié à un animal, les rapports qui se créent entre eux. Il confesse aussi les meurtres qu’il a dû commettre pour le compte de Kibandi, à l’aide de ses piquants.

Une fois encore, la quatrième de couverture en dit trop et évente l’intérêt du récit. Si j’ai retrouvé dans ce roman, à certains moments, la fantaisie et la malice propres à une manière « africaine » de raconter les histoires, de donner naissance à des proverbes à tomber par terre, j’ai par contre été déçue par le manque de dynamisme global. Au début, la curiosité aidant, on suit l’histoire de porc-épic, impatient de savoir comment tout a commencé mais bien vite, l’intérêt s’émousse. On cherche en vain le « rocambolesque », le « truculent et le picaresque » vantés sur la couverture de ces aventures mi-humaines mi-animales.

Mais ce n’est pas bien grave. Comme le dit si justement un vieux porc-épic dans cette histoire, ce n’est pas parce que la mouche vole que cela fera d’elle un oiseau.

Proverbe qu’on peut interpréter de deux manières différentes.

Ce n’est pas parce que la quatrième de couverture fait du vent que le livre plaira à tout le monde.

Ce n’est pas parce qu’une première rencontre est ratée que toutes les autres le seront…

Mémoires de porc-épic, Alain Mabanckou, Seuil, 16,50€

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24 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Aifelle dit :

    J’aime beaucoup tes deux proverbes de fin, et je vais les faire miens.

    1. Gwenaëlle dit :

      Oui, le premier notamment, se vérifie souvent… 🙂

  2. sylire dit :

    J’aime écouter les contes, mais beaucoup moins les lire…

    1. Gwenaëlle dit :

      Je ne sais pas si tu connais Taxi conteur et Carlos Ouedraougo, ce sont les deux meilleurs conteurs que j’ai vus… Tiens, pendant qu’on en parle, j’ai une question à lancer dans le cyber-espace : personne ne voudrait créer un festival de contes dans le coin? C’est drôlement sympa quand il commence à faire nuit tôt et qu’on se retrouve tous autour de belles histoires…

  3. clara dit :

    Dommage … et mercipiur ces deux excellents dictons :
    Ce n’est pas parce que la quatrième de couverture fait du vent que le livre plaira à tout le monde.
    Ce n’est pas parce qu’une première rencontre est ratée que toutes les autres le seront…

  4. Gwenaëlle dit :

    Je suis sûre que toi aussi tu peux en créer plein d’autres! Avec l’imagination débordante que tu as… 😉

  5. keisha dit :

    Bon, j’essaierai plutôt un autre titre, mais rien ne presse!

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Keisha : je te comprends et en ce moment, ce ne sont pas les tentations qui manquent… 😉

  6. constance93 dit :

    oh, dommage. Tu n’as peut-être pas commencé avec le bon…
    Pour ma part, mon départ avec Black Bazar a été enthousiasmant même si on sort du conte pour véritablement aller dans le roman contemporain. ça se lit sûrement mieux que Mémoires de porc-épic… 😦
    (j’ai d’autres auteurs à tenter qui valent le coup d’être découvert, en espérant que ton dernier dicton s’appliquera… 😉 )

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Constance : oui, je pense que c’était juste une mauvaise pioche. Ma médiathèque a quelques titres de Mabanckou, je pourrai facilement les lire…

  7. gambadou dit :

    je m’étais laissé emporter par ce livre, j’avais l’impression d’être sous le flamboyant à écouter les vieux parler ….

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Gambadou : le charme n’a pas opéré sur moi mais j’essaierai un autre livre, une prochaine fois… 🙂

  8. Leiloona dit :

    Une copine m’avait dit avoir été déroutée par la prose … je ne lirai pas ce livre, même si ma curiosité peut aussi l’emporter ! 😉

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Leiloona : il y a sans doute des titres de lui plus « accessibles »… Clémence m’a parlé de Black Bazar notamment.

  9. J’ai éprouvé la même déception en lisant ce livre. Plein d’humour tes commentaires à partir du proverbe. Bravo!

    1. Gwenaëlle dit :

      @ ClaudiaLucia : oui, d’ailleurs ça me donne des idées pour l’atelier d’écriture, cette histoire de proverbes! A suivre…

  10. miriam dit :

    Moi, j’ai bien aimé, même si vos critiques sont pertinentes.
    Ne pas attendre du « dynamisme » au contraire prendre son temps dans la touffeur de l’Afrique, imaginer le village qui grouille d’enfants, de femmes qui vont chercher le bois, ou l’eau et se dire qu’il y a des doubles invisibles….
    Imaginer la terre rouge, les piquets des clôtures qu’on croyait du bois mot reprendre vie, entendre les tambours dans le petit matin….
    et là, le récit du porc-épic développe toute sa saveur, son gout, ses accents.
    mais c’est vrai, je ne suis pas objective!

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Miriam : ce que j’ai surtout trouvé dommage, c’est que le résumé, sur la 4ème de couverture évente le mystère de l’histoire… et du coup, la lecture perd une partie de son interêt. Moi non plus, je ne suis pas objective! 😉

  11. miriam dit :

    j’ai retrouvé le texte que j’avais mis en ligne sur Voix-nomades et je l’ai publié à nouveau dans mon blog à votre attention toute particulière

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Miriam : j’arrive!

  12. DF dit :

    Je n’ai jamais lu Alain Mabanckou, mais j’ai lu pas mal d’autres romans d’écrivains africains, installés en Europe ou en Afrique. Et il y a de petits bijoux, en particulier dans la collection « Continents noirs » de Gallimard. Je vous la recommande, si vous souhaitez pousser plus avant votre découverte de ces littératures.

    Ah – et j’allais oublier de vous suggérer une visite chez le blogueur Gangoueus, spécialisé dans ce domaine: http://gangoueus.blogspot.com

    Bonnes lectures!

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Daniel : merci pour ces bons conseils… c’est tout un continent à découvrir à travers la littérature. Je vais aller visiter Gangoueus… merci pour le lien!

  13. miriam dit :

    je viens de terminer un autre ouvrage d’Alain MABANCKOU – Et Dieu seul sait comment je dors – Présence Africaine – très différent du Porc Epic

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Miriam : je suis allée lire ton billet… peut-être pas le prochain qui me tentera mais pourquoi pas plus tard…

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