La femme de l’Allemand

Ce livre a été l’occasion de réaliser une lecture commune avec Griotte et Valérie. Et sur mon blog, deux billets pour le prix d’un. Tout d’abord, l’avis de Muriel, qui n’a pas (encore!) de blog et que j’héberge avec grand plaisir, puis le mien.

Mon attirance pour le domaine de la psychiatrie ne date pas d’aujourd’hui. C’est par hasard que j’ai découvert le roman de Marie Sizun. J’ai été très touchée par cet ouvrage qui décrit avec justesse la psychose maniaco-dépressive. L’auteure évoque les difficultés de l’entourage (plus précisément de l’enfant) à aborder la maladie mentale, à se construire avec une maman malade (« folle ») et un père absent.

Une fois l’ouvrage commencé, je n’ai pu le lâcher !
Je recommanderais ce livre aux personnes concernées de près ou de loin par la maladie psychiatrique et à celles désireuses d’en savoir plus sur le sujet. Ce roman peut aussi être une base de réflexion sur la complexité de grandir avec des parents défaillants.
En tant que personne « malade psychique » et mère de famille, ce livre m’a bouleversée tant par sa véracité que sa cruauté parfois. J’ai beaucoup aimé l’écriture simple, sensible et poignante de Marie Sizun. J’ai hâte de découvrir ses autres romans !

Muriel

La jeune Marion vit seule avec sa mère, dans le quartier du Marais à Paris. L’histoire se déroule dans l’immédiat après-guerre et bien vite, le lecteur comprend que cette petite fille est née des amours coupables entre une jeune française et un soldat allemand.

Fanny, jeune femme fantasque et révoltée contre l’ordre bourgeois, n’a plus aucune relation avec ses parents. Sa fille est tout son univers et seule sa tante Elisa vient parfois la voir, dans le petit deux pièces qu’occupent mère et fille, rue Saint-Antoine. Peu à peu, l’humeur de Fanny se dégrade. La petite fille assiste, impuissante et médusée, à la longue descente aux enfers de sa mère, qui finit par être hospitalisée. On lui apprend qu’elle souffre de psychose maniaco-dépressive. Tantôt exaltée, tantôt anéantie au fond de son lit, avec des périodes de traitement psychiatriques éprouvantes, suivies de longues rémissions…

Si l’enfant vit ces périodes de calme avec joie, ressentant alors l’immense amour que lui porte sa mère, elle devient toutefois de plus en plus méfiante. Elle « espionne » sa mère, guette les signes du retour de la maladie. Les sentiments qu’elle éprouve, alors que celle-ci survient de nouveau, sont douloureux : la culpabilité de ne pas mieux aider sa mère, la honte de devoir vivre avec cette folie qui rejaillit sur sa vie, la peur de voir les mêmes crises inlassablement se reproduire, l’effroi devant la perspective de devenir un jour la victime de cette mère qu’elle aime tant…

Même s’il s’agit ici de maladie psychique, la question que pose Marie Sizun à travers ce livre vaut pour tous les enfants qui ont des parents défaillants, maltraitants : comment se construire quand les parents font défaut? comment aimer ceux qui nous ont donné la vie mais nous la rendent aussi impossible? Peu à peu, on voit Marion émerger des limbes de l’enfance, prendre conscience de son passé familial et personnel, dans lequel l’Histoire tient une grande place, chercher ailleurs ce qu’elle ne trouve pas chez elle.

Comme toujours, on retrouve dans ce roman de Marie Sizun le style percutant qui lui est propre. Une écriture implacable qui emporte le lecteur dans cette histoire où l’amour peut soudain prendre les couleurs de la terreur et de l’angoisse. Une réflexion forte et délicate sur un thème qui nous touche tous.

La femme de l’Allemand, Marie Sizun, Le livre de Poche, Arléa, 6,50€.

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21 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Aifelle dit :

    C’est jusqu’à présent le seule livre que j’ai lu de Marie Sizun, mais il m’a emballée par sa sensibilité et par l’écriture. Récemment j’y ai un peu pensé en lisant « l’effet Larsen » de Delphine Bertholon. Encore un enfant obligé de réagir à la place du parent défaillant. C’est sûr j’en lirai d’autres de Marie Sizun.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Aifelle : je crois que les deux mots qui résument bien l’écriture de M. Sizun, c’est sensibilité et style impeccable… J’en ai lu plusieurs et aucun ne m’a déçue!

  2. clara dit :

    J’aime cette auteure et son écriture cisélée … ce livre m’ a beaucoup touchée !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Clara : ah, vraiment? Tu aimes Marie Sizun? Je ne savais pas… 😉

  3. Leiloona dit :

    Je ne connais toujours pas cette auteur, pourtant en lisant ton billet j’ai vraiment hâte de la connaître !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Leiloona : littérairement et personnellement, c’est une femme chaleureuse et passionnante!

  4. Griotte dit :

    Whah ton billet décrit superbement l’histoire. J’ai beaucoup aimé l’utilisation de la deuxième personne, j’ai trouvé que l’on se sentait très proche de Marion.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Griotte : oui, cet « artifice » permet d’être au cœur de ses pensées…

  5. Joelle dit :

    La maladie est très bien décrite et sa perception par l’entourage de la malade est peut-être encore plus réussi, si c’est possible ! C’est un roman qui m’avait beaucoup plu à moi aussi !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Joëlle : l’ambivalence des sentiments est, en effet, très bien rendue…

  6. Valérie:) dit :

    Je pensais que l’utilisation du « tu » allait me gêner dans ma lecture, bien au contraire !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Valérie : cette utilisation du « tu » dans les livres est rare mais efficace! 😉

  7. sylire dit :

    Le fan club de Marie Sizun ne cesse de grandir ! La femme de l’allemand est mon préféré. Mais comme tu l’as dit, tous ses livres sont bons.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Sylire : je crois qu’on est quelques unes prêtes à former un fan-club là… 😉

  8. Armande dit :

    Ce livre m’a bouleversée. Le portrait de cette mère malade est terrible de justesse !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Armande : que veux-tu, that’s the Sizun Touch! 🙂

  9. Fransoaz dit :

    Une prise de conscience effarante pour Marion!
    J’aime , dans ton billet, la réflexion sur tous ces enfants dont les parents « n’assurent » pas; bien malgré eux le plus souvent.
    Je rejoindrai avec plaisir la communauté des « fans »!

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Fransoaz : oui, le dilemme de l’enfant est très bien montré!

  10. Theoma dit :

    Il dort dans ma pal, allez, je le fais remonter !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Théoma : une fois commencé, il se lit très vite… normal, on est pris! 😉

  11. Cynthia dit :

    Encore un rendez-vous manqué pour moi qui m’étais inscrite à cette LC :/ Je suis contente de voir que tu l’as aimé et j’ai hâte de me faire mon propre avis sur ce livre qui dort dans ma PAL depuis (trop) longtemps 😉

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