Derrière toute chose exquise

Comme de nombreux écrivains, Sébastien Fritsch a une marotte. Oh, rien d’inavouable, rassurez-vous… Non, il aime juste faire « travailler » ses lecteurs. Aussi faut-il s’attendre, quand on lit un de ses romans à devoir cogiter un peu. C’est le cas dans l’« Invitation pour la petite fille qui parle au vent ». Le lecteur, muni d’une aiguille et d’un fil solide doit s’efforcer, tout au long de ce récit fragmenté, de remettre en ordre cette histoire en forme de puzzle. Dans Derrière toute chose exquise, c’est encore pire. Mais le pire, ce peut aussi être le meilleur car quoi de plus jouissif que de découvrir le mécanisme qui ouvre le tiroir secret du bureau et d’y trouver des documents qui donnent un autre éclairage à l’histoire?

Jonas Burkel est photographe. Il travaille pour quelques journaux, fait des portraits. Mais ce qu’il préfère, c’est photographier des femmes. Pas n’importe lesquelles. Il a un goût prononcé pour les grandes brunes. Il fait souvent leur connaissance dans des circonstances étranges, où les femmes en question se trouvent en position de faiblesse et il se manifeste alors comme un sauveur. Il les remet sur pied, les photographie et puis leur donne un viatique pour une vie meilleure. Dans l’intervalle, il a souvent trouvé moyen de les aimer charnellement. Il agit comme une sorte de Pygmalion, doté d’un don de double vue. On a l’impression, en effet, qu’il peut déceler la beauté là où les autres ne l’avaient pas perçue et sait ensuite la mettre en valeur, pour la présenter aux yeux de tous…

L’histoire débute par une rencontre. Dans le train qui le ramène de Meaux, Jonas rencontre une jolie brune dont il tombe éperdument amoureux. Il lui donne sa carte et quelques heures après, la jeune fille l’appelle. Comme elle n’a pas trouvé de logement à Paris, elle demande au photographe s’il peut la dépanner pour une nuit ou deux. Jonas saute sur l’occasion – mais pas sur la fille… Commence alors une période étrange pour Jonas. La jeune fille ne quitte pas ses pensées. Elle l’obsède. D’ailleurs, il lui semble que, bien qu’ayant quitté son appartement, elle reste dans les parages, présence insaisissable qui lui donne le vertige… Il découvre, presque en même temps, qu’une jeune fille lui ressemblant étrangement a été sauvagement assassinée à… Meaux.

Je n’en dis pas plus. S’il vous prend l’envie de découvrir cette histoire pas comme les autres, je vous donne cependant un indice. Il faut lire ce livre différemment… un peu comme on regarde un stéréogramme. Il y a le motif et derrière le motif, en louchant un peu, on peut découvrir un dessin suprenant… qui donne alors son vrai sens à l’histoire. Un roman tordu mais jubilatoire (et ce n’est pas usurpé)!

Derrière toute chose exquise, Sébastien Fritsch, Editions du Pierregord, 19€

PS : ce billet était prévu pour janvier, mais une petite erreur de manipulation de ma part a provoqué une publication anticipée… Tant pis pour moi!

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17 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. clara dit :

    Tu me donnes envie là!

    Ben alors, tu n’es pas en train d’écrire? Allez, go, au boulot !!!

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Clara : je suis en plein boum, là, ça ne se voit pas? Mon stylo-plume peut témoigner…

  2. kathel dit :

    Ton billet et tes dernières nouvelles de la colonne de droite désignent en effet cet empêcheur de dormir en rond ! Il faudrait que je le découvre un jour ou l’autre… 😉

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Kathe: « empêcheur de dormir en rond » : je rajoute ça aux faits qui lui sont déjà reprochés… Oui, il faut le lire, il le mérite (et là, je suis sérieuse! ;-))

  3. constance93 dit :

    et tant mieux pour nous (que ton billet soit publié en avance) : il est très réussi, même si le livre ne me tente pas pour l’instant (ça ne ressemble pas aux lectures « faciles » que j’aime avoir aux vacances de noël 😛 ).
    à bientôt,
    joyeux noël !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Constance : merci! Un trou de trois heures dans la nuit, ça fait des ravages sur un vieux cerveau de plus de quarante ans… 😉

  4. zarline dit :

    Un billet plutôt tentant mais j’ai en même temps peur de passer à côté. J’ai l’impression que mon esprit hiberne et j’ai besoin de lectures plus faciles pour le moment 😉 Je note quand même pour plus tard.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Zarline : en anglais, on dirait « twisted », plutôt que tordu, et l’image conviendrait mieux… Mais je ne peux pas en dire plus, sinon c’est de la triche…

  5. keisha dit :

    Voilà l’auteur sadique responsable de ta petite nuit, alors?

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Keisha : oui, le voilà dénoncé aux hautes autorités de la blogosphère…

  6. Aifelle dit :

    Sébastien Fritsh te fait des misères ? Je me demande bien comment il s’y est pris. D’ailleurs, je note fébrilement le titre, tu m’intrigues là, j’ai envie de savoir ..

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Aifelle : comment il s’y est pris? Tout simplement en écrivant une histoire… Il est fort, très très fort! 😉

  7. Manu dit :

    Tu m’intrigues et en même temps, je me demande : n’est-ce pas une lecture trop exigeante ?

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Manu : Ce roman n’oblige pas une cogitation extrême… Il faut juste changer de point de vue et revoir l’histoire avec des un regard différent. Et alors la seconde dimension apparaît. Ta ta tam! 😉

  8. Tiens, j’ai loupé cet article qui présente un roman bien tentant…

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Olivia : il te plairait sans doute… toi qui aimes le noir et le suspens…

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