Longue sécheresse

Sur la couverture de ce roman, c’est l’œil en gros plan d’une vache que l’on voit. Un œil sombre, ourlé de poils blancs qui ressemblent à des herbes folles sur une dune. Car c’est une vache qui ouvre ce récit. Ou plutôt sa disparition. Gareth se lance alors à sa recherche, par une chaude journée d’été. Suivant des pistes, remontant le cours de ses pensées, sa recherche se mêle aux soucis qu’il éprouve, pour sa femme, pour sa ferme, pour tout ce à quoi il tient.

C’est un livre au motif presque futile mais pourtant très attachant. L’écriture, ample et sereine, y est pour beaucoup car on est tout de suite dans les pas de Gareth et très vite, cette ferme, cette vie, c’est un peu la nôtre. Il faut accepter de le lire comme on suit des pensées qui dérivent, passer du Lapin à la Roue du tracteur et de la Taupe aux Canards, car telles sont les têtes de chapitre… pour finir par revenir, le soir, en compagnie de Gareth qui aura retrouvé sa vache.

Elle voit le chat couper avec ruse par la pelouse. Cela fait longtemps que les enfants tourmentent le chat de leurs actes de terrorisme doux. Pour se défendre, il avait adopté une forme de cynisme placide, un peu bourgeois ; de plus, comme il ne décolérait pas de s’être fait couper les bonbons, il arpentait la ferme à pas lents, pour braver son émasculation, tel un tigre : c’est une arme formidable, dans la nature, de donner l’impression qu’on peut déposer un poids considérable tout en douceur.

Merci à Dialogues Croisés pour cette belle lecture.

Longue sécheresse, Cynan Jones, Joëlle Losfeld, 15,90€

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13 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Aifelle dit :

    Chouette, tu as aimé ! c’est une belle lecture plus profonde qu’il n’y paraît au départ.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Aifelle : plus profonde que prévu et qui vire même au tragique… Et je me demande si le drame final était nécessaire…

  2. keisha dit :

    J’ai vraiment beaucoup aimé, au point de le faire voyager.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Keisha : une écriture tranquille mais profonde…

  3. Joelle dit :

    Il m’intéresse bien mais je sens que c’est le genre de livre à lire pile quand on s’en sent l’envie (vu le style et l’histoire). Alors, pour l’instant, je garde le titre sous le coude gauche … ce n’est pas encore le bon moment !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Joelle : et quand c’est sous le coude droit, c’est qu’ils vont bientôt passer à la casserole? 😉

  4. sylire dit :

    C’est sûrement dépaysant (ce n’est pas tous les jours que je cherche une vache !)

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Sylire : heureusement pour toi! 😀 C’est un livre à l’écriture sensible, qui sent bon la paille chauffée au soleil mais se révèle, au final, assez dramatique…

  5. clara dit :

    Un livre a double effet … tout semble tranquille, un calme qui cache ce qui couve.

  6. gambadou dit :

    je croyais que c’était futile… et c’est un drame ?????

    1. Gwenaëlle dit :

      Le motif du livre – une vache qui se perd – est futile en effet mais au fur et à mesure de la narration, on va assister à un drame (la mort d’un enfant)… Je crois que j’aurais préféré que l’auteur reste dans le futile.

  7. Griotte dit :

    Je pense que ça pourrait me plaire: on prend un objet (ici en l’occurrence un animal) pour nous amener vers quelque chose de terrible. Je note.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Griotte : la construction est très intéressante…

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