Le premier amour

Emilie. Aix 1976. Rejoins-moi au plus vite à Gênes. Dario

Emilie est en train de préparer le dîner des vingt-cinq ans de son mariage avec Marc lorsqu’elle tombe sur cette annonce, dans Libé. Et là, brutalement, elle éteint le four où cuisait le gigot, prend son sac et ses clefs et part… à Gênes! Bon sang! Mais c’est bien sûr! Un amour de jeunesse, dont elle n’a pas entendu parler depuis trente ans la convoque par l’intermédiaire d’une petite annonce et elle, ni une ni deux, romantique échevelée, elle court, elle vole le rejoindre. Vous n’auriez pas fait comme elle, vous?

Non, bien sûr, vous auriez fait comme moi : cherché le numéro de la villa Florida dans les pages jaunes italiennes, appelé le gugusse en lui disant que vous n’étiez pas de celles qu’on convoque d’un claquement de doigts et que s’il voulait vous voir, après toutes ces années où il n’avait pas donné la plus petite miette de nouvelle, il n’avait qu’à se déplacer, lui…

Mais Emilie est une Héroine, elle ne réagit pas comme vous et moi…

Le trajet entre Paris et Gênes va être pour Emilie l’occasion de revisiter son passé, de croiser quelques êtres étranges, de réfléchir au sens profond de sa vie et même de passer rendre visite à sa sœur – et incidemment à sa fille… – dans la résidence pour handicapés dans laquelle elle vit. Un vrai réglement de comptes, ce road-movie…

Mais là où ça se corse vraiment, c’est quand Emilie arrive enfin à Gênes. Tremblante, elle sonne chez Dario – le fameux, l’exceptionnel, l’incontournable Dario! – et se retrouve nez à nez avec… sa femme. Tan, tan, tan, tan… Et là, ce n’est pas Emilie, ce n’est pas sa voiture mais le roman tout entier qui dérape et fonce à grande vitesse sur les platanes du bord de la route!

Attention danger…

Car, ce n’est pas Dario qui est derrière l’annonce mais Giulietta, sa femme. Cette dernière est désespérée – tu m’étonnes, si elle en est au point de convoquer l’amour de jeunesse de son mari! – car Dario a perdu la mémoire et elle compte sur le choc salutaire de la présence d’Emilie pour lui remettre les idées en place…  Emilie, profession : électrochoc!

A-t-on jamais vu plan plus capillotracté? A-t-on jamais lu ce genre de roman qui donne l’impression qu’arrivé au deux-tiers, l’auteur avait les doigts plein de pâte gluante (oh! oui, encore de la pâtisserie!) et ne savait plus comme se dépatouiller de la situation qu’il avait créée, coincé entre le sirupeux fatal (aux yeux de la critique) d’un Happy End plein de vermicelles colorés et le désespoir – tout aussi fatal – d’une éradication totale de ses héros par crumble empoisonné? Oui… Eh bien, c’est exactement cette sensation bien connue que j’ai ressentie en lisant ce roman…

Pour conclure, si je vous dis que tout du long de cette lecture, je n’ai pas accroché, je n’ai pas pu croire un instant à cette histoire, vous ne serez pas étonnés. Pourtant, il y avait des éléments intéressants – le personnage de la sœur trisomique, Christine ou bien les effets ravageurs d’une éducation judéo-chrétienne sur une jeune fille en fleur… – mais comme le dit l’adage : qui trop embrasse mal étreint… Histoire d’amour, récit d’enfance, road-movie, récit d’une culpabilité… A vouloir trop en dire, Véronique Olmi dissout son histoire et la fin ne peut que laisser le lecteur perplexe…

Antigone non plus n’a pas été convaincue.

Le premier amour, Véronique Olmi, Grasset

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23 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Richard dit :

    Oh que c’est dommage !!
    Avec une idée de départ géniale …
    Quel gâchis !!
    Merci !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Richard : tu as raison, l’idée de départ était excellent et toutes sortes de développements auraient pu voir le jour mais, mais… Bon, je trouverai mieux pour le prochain billet… Amitiés!

  2. Anne dit :

    Décidément cette semaine, tu gâtes nos PAL en ne nous encouragant pas à céder à la tentation ! J’espère que tu ne vas pas collectionner les déceptions trop longtemps, c’est mauvais pour le moral d’une lectrice, non ?

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Anne : quand les lectures sont mauvaises, il reste la musique… Un peu de (bon) jazz, et je repars…

  3. sylire dit :

    Quand on cumule les déceptions, on finit par croire que l’on a perdu le gout de lire. Courage, le vent va finir par tourner !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Sylire : merci, Sylire mais je ne suis pas inquiète : David is still with me! Et puis je finis toujours par trouver quelque chose à me mettre sous la dent. Au pire, je fais un crumble… 😉

  4. keisha dit :

    Après Freedom, on continue dans la pâtisserie, quoi, mais comme je ne connais pas ce roman, je peux m’amuser en plein accord!
    Je vois aussi que tu n’as pas un coeur romantique, tu ne pars pas au premier claquement de doigts, rhaa là là! Mais tu n’es pas une fâmme, alors! ^_^
    Une belle idée quand même, mais mal goupillée, alors?
    Pour t’en sortir, une solution : back to the classics!!!Tu as le choix!

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Keisha : les classiques, j’y reviens. En plus, ça me permet de tirer en avant mon fiston qui est en seconde, chez les grands maintenant… Je ne sais pas si j’ai un cœur romantique mais bon, les relations à sens unique, les diktats et les ultimatums, très peu pour moi…

  5. In Cold Blog dit :

    J’ai fait une rapide vérification sur ton blog : il semblerait que ce soit ta première rencontre avec Véronique Olmi. A la sortie du livre, beaucoup avaient exprimé leur déception. En ce qui me concerne, je ne connais Olmi qu’au travers d’un seul roman, magnifique à mes yeux : « Bord de mer. » Je serais curieux de savoir si un séjour en « Bord de mer » changerait ton regard sur l’auteur.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ ICB : tu es le deuxième que je lis à dire que « Bord de mer » est vraiment le roman le plus réussi de l’auteur. J’essaierai de le trouver à la médiathèque et te dirai ce que j’en pense… 🙂 Bon week-end!

  6. choupynette dit :

    Ah ben mince alors, moi qui voulait découvrir Ovaldé avec ce titre que l’on ma donné….

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Choupynette : mais mon billet ne doit pas t’en empêcher… Tu aimeras peut-être, en partie au moins…

  7. clara dit :

    ce n’ets pas son meilleur livre…

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Clara : tu es passée maître dans l’art de l’euphémisme! 😉

  8. Manu dit :

    Bon, alors le pitch me laissait de marbre mais si en plus, derrière, c’est encore pire… Je passe.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Manu : hein? Quoi? Comment? Les histoires d’amouuuur te laissent de marbre? 😉

  9. Leiloona dit :

    Lu aussi et guère convaincue non plus ! 😉

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Leiloona : c’est ce qu’il me semblait… 😉

  10. LU,je suis moins sévère que toi,mais la fin m’avait déroutée.En revanche Emilie fleur bleue ne me
    déplaisait pas.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Mireille : une grande romantique sommeille en toi alors? 😉

  11. Solenn dit :

    ahaha, j’adore cette description de l’engluement ^^

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Solenn : Merci! 😉

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