Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth?

Si le titre de ce roman grec fait directement référence à la Bible – la femme de Loth, trop curieuse, s’est retournée vers Sodome détruite et a été changée en statue de sel – l’histoire, elle, se situe entre passé et présent.

D’un côté, Paris et l’Europe du Nord, seuls rescapées du Débordement qui a englouti le sud et le Proche-Orient. De l’autre, une étrange colonie, créée spécialement pour assurer l’exploitation d’un sel violet que le reste du monde s’arrache à prix d’or et maintenue dans une sorte d’arriération, tant mentale que matérielle.

Voilà pour le décor. Passons aux personnages.

A Paris, un étrange petit homme, Philéas Book, dont toute la famille a péri lors du Débordement et qui gagne sa vie en réalisant des « lettres croisées » pour le Times. Ces lettres croisées sont issues de toutes les missives envoyées par les survivants ou ceux qui les cherchent. Philéas vit dans la nostalgie d’un monde perdu et la culpabilité d’être le seul parmi les siens à avoir survécu. Ces lettres sont sa quête, celle qui lui permet de croire qu’un jour peut-être, il retrouvera les gens qu’il a aimés.

Dans la Colonie, six personnages dont le lecteur ne connaîtra que les lettres de témoignage, à la suite des péripéties tragi-comiques qui, pendant quinze jours, vont agiter ce lieu dément. Un médecin, un juge, un commandant, un prêtre, le secrétaire et la compagne du Gouverneur : tous pleins de turpitudes, de mensonges et d’obéissance…

Et en guise de lien entre ces personnages, la Compagnie. Illustration du pouvoir totalitaire qui terrorise et corrompt, incarnation d’une logique néo-libérale poussée à son paroxysme, cet organisme dont on ne sait rien et dont on ne peut que constater les effets délétères, est passé maître dans la manipulation, la rétention d’information, l’enrichissement à tout prix et le pouvoir absolu… La Compagnie sait tout, voit tout et prévoit tout… Sauf une chose. Et c’est cet évènement qui va faire sauter les mécanismes huilés par la peur et la compromission de ce monde angoissant…

Un roman détonnant! J’ai eu un peu de mal à y entrer – la présentation des différents protagonistes sous forme de lettres embrouille au début plus qu’elle n’éclaire – mais cet obstacle surmonté, je me suis plongée dans cette histoire, de plus en plus ferrée et pressée d’en connaître le fin mot. C’est une sorte de roman d’anticipation mais pas vraiment. Une critique sociale mais pas seulement. Un théâtre d’ombres et de bouffonnerie mais plus que cela. Bref, c’est un roman difficilement classable – comme souvent le sont les romans écrits par des auteurs grecs… – mais qui mérite vraiment qu’on s’y intéresse. En plus, bien écrit, il est aussi très bien traduit.

Merci Keisha pour cette découverte, sans olives ni féta, mais qui m’a néanmoins beaucoup plu!

Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth? Ioanna Bourazopoulou, Ginkgo Editeur. 

Ce roman s’inscrit parfaitement dans le challenge le Pari Héllène… 

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14 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Aifelle dit :

    J’avais réussi à oublier le billet de Keisha et voilà que tu viens nous faire une piqûre de rappel … c’est malin tiens.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Keisha : quand tu dis malin, tu penses « diabolique », c’est ça? 😉

  2. keisha dit :

    Aifelle, ce livre peut aller chez toi… dans un peu de temps… donc…
    Ravie de ton billet, ma belle!!!Tu as raison sur lesromans grecs difficilement classables , j’ai lu Alexis Zorba qui me laisse dubitative!

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Keisha : Je n’ai ni lu ni vu Zorba… l’histoire – que je connais un peu grâce à Wens et Claudia – ne me tente pas plus que ça…

  3. blogclara dit :

    Un livre qui n’est pas pour moi, je pense

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Clara : sage commentaire! 😉

  4. Brize dit :

    Suite au billet de Keisha, je l’ai acheté récemment en version numérique (très bien, cet éditeur, qui la vend à 10 euros, bien au-dessous, donc, du prix du livre papier). Mais, depuis, j’ai pu enfin récupérer en bibli des titres que je voulais lire et qui lui passent devant (L’art du jeu, Karoo, Promenons-nous dans les bois, Les fiancées d’Odessa).

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Brize : c’est bien le problème, toutes ces tentations qu’on a en permanence sous le nez… C’est un livre particulier, il faut choisir la bonne période pour le lire car il ne supporterait pas une lecture fragmentée je crois. Donc, du temps… 🙂

  5. kathel2 dit :

    Il est noté, mais ma bibliothèque ne connait pas (ou j’ai fait une faute de frappe dans le nom, ce n’est pas exclu…) 😉

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Kathel : ça n’est pas très étonnant que ta bibli ne l’ait pas. Les auteurs grecs sont peu traduits et rarement achetés par les médiathèques… Peut-être peux-tu t’arranger avec Keisha?

  6. gambadou dit :

    enrichissant mais difficile à intégrer ??? je passe

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Gambadou : ça ne m’étonne pas vraiment! 😉

  7. nathalie dit :

    Je vois ton billet en passant par hasard, je l’ajoute au pari !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Nathalie : merci! Je dois faire mon mea culpa… Je voulais t’envoyer le lien mais j’ai programmé mon billet, me suis dit que j’allais attendre sa parution et puis ai complètement oublié! Heureusement que tu passais par là… 😉

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