Prince d’orchestre

Cet article aurait pu s’intituler « Le prologue m’a tuée…« 

Le dimanche 15 août 1998, aux alentours de midi, un homme se défenestra du cinquième étage d’un immeuble situé place du Cirque, à Genève.

Dans la cuisine de l’appartement qu’il habitait, les policiers trouvèrent le corps de deux femmes. L’une, au teint mat, gisait sur le dos, le bas du visage rouge de sang, la bouche ouverte dans une grimace étrange. L’autre était une blonde de forte stature. Elle aussi avait la bouche ouverte. Sur son chemisier maculé de rouge, les policiers trouvèrent un morceau de chair qui avait la forme d’un petit losange.

Une fois qu’on a lu ça, la question est : est-il vraiment utile de lire le roman? Quel est l’intérêt d’écrire une histoire si on la déflore en exposant sa fin avant même d’avoir commencé? J’avoue que cela a grandement contribué à ma déception de lectrice.

L’histoire est celle d’Alexis Kandilis, un chef d’orchestre au sommet de sa gloire, un homme à qui tout semble avoir réussi depuis que les fées ont décidé de se pencher sur son berceau (en postillonnant un peu, selon la tradition grecque, pour éloigner le mauvais œil, mais cette histoire prouve justement que cette méthode n’est pas infaillible, cf prologue). Ce soir d’avril 1997, alors qu’il dirige le New York Philarmonic qui joue les Kindertötenlieder de Gustav Mahler, deux souvenirs vont surgir et venir bouleverser son plan de carrière. Deux souvenirs qui, comme des grains de sable, vont gripper la belle machine bien huilée et conduire l’homme, degré après degré, vers son funeste destin (c’est le prologue qu’a cafté!)

Ce roman a fait partie de ma « série noire de Toussaint » (c’est sans doute la saison qui veut ça) – avec Un week-end en famille, dont je parlerai bientôt – car pas une seconde, je n’ai apprécié cette lente et laborieuse description d’une descente aux enfers. Je me suis ennuyée à de nombreuses reprises, tant l’histoire peine à avancer. Les étapes du chemin de croix d’Alexis Kandilis m’ont paru convenues (le jeu, le sexe…) et dans cette débandade (c’est le cas de le dire!), pas un seul personnage auquel m’accrocher pour qu’il tente un massage cardiaque sur mon intérêt défaillant (la faute au prologue, rappelez-vous!). C’est un roman très sombre, dominé par la pulsion de mort, malgré les tentatives désespérées de la musique omniprésente pour laisser passer un rayon de lumière.

Pour vous faire une meilleure idée, allez lire l’avis d’Anne sur la question. Elle est moins partiale que moi et plus précise.

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20 commentaires Ajoutez le vôtre

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Théoma : moi j’aurais dit  » Non et non! »… 😉

  1. liliba2 dit :

    Oh moi j’en ai fait un coup de coeur… Mais je ne lis jamais les 4ème avant d’entamer un bouquin…
    http://liliba.canalblog.com/archives/2012/09/06/24603738.html

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Liliba : alors nous sommes aux deux extrêmes! Je vais aller lire ton billet.

  2. sylire dit :

    Je suis attirée par cet auteur mais je crois que ce n’est pas son meilleur titre. Je tenterai donc un autre titre.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Sylire : j’avais beacoup aimé La fille des Louganis. Anne te recommande le Turquetto… Voilà, tu as l’embarras du choix, maintenant! 🙂

  3. anne7500 dit :

    Merci de m’avoir citée, mais j’avais nettement préféré Le Turquetto ! Moi c’est ce monde et ce personnage impitoyables qui m’a choquée (le prologue ne m’a pas trop gênée). Je viens de ressentir le même genre de malaise face au livre de Bruno Le Maire sur Carlos Kleiber : comment parler avec justesse de ce monde des musiciens de haut niveau ? Par contre, hier soir, vu sur Arte le concert et les émissions à l’occasion des 70 ans de Daniel Barneboïm, ça c’est de l’authentique !!

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Anne : j’ai eu du mal à croire au personnage, son narcissisme et les raisons de celui-ci. Tout cela m’a semblé très théorique. Quant au fait de composer ou de diriger, il me semble que l’un n’exclut pas l’autre et ce n’est pas parce qu’on dirige un orchestre, qu’on ne peut pas jouer de son instrument en soliste ou bien composer… Bref, le prince est tombé à l’eau! Je n’ai pas vu le concert dont tu parles mais je te fais confiance sur le sujet, ça devait être authentique!

  4. In Cold Blog dit :

    Tu ne dois pas aimer la série Columbo, qui dévoile le coupable dès les premières minutes. Tout le sel de l’enquête vient alors de la façon dont l’inspecteur procède pour parvenir jusqu’au meurtrier. C’est ce sel dont manque apparemment « Prince d’orchestre ».
    J’avais noté ce titre dans ma liste de Rentrée littéraire. Je pensais que ce serait une bonne entrée en matière avec cet auteur. J’ai mis la main entre-temps sur « Le Turquetto ». Ça sera donc avec ce titre-là que se fera (un jour) la rencontre.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Laurent : oh là là, Columbo! Ça fait longtemps que je n’ai pas vu cette série… Le problème, c’est que dans le roman d’Arditi, il n’y a pas de meurtrier machiavélique. Simplement un personnage qui m’a paru plus théorique qu’authentique. Et le prologue, franchement, n’apporte rien. Même pas une malsaine curiosité pour savoir ce qu’est le petit bout de chair en forme de losange. Vu les autres commentaires, je crois que tu fais bien de commencer par le Turquetto. Que je le lirai peut-être un jour, moi aussi… 🙂

  5. kathel2 dit :

    A ceux qui se posent la question, je conseille vraiment Le Turquetto, et si on n’aime pas les romans historiques, Loin des bras est très bien aussi. Quant à Prince d’orchestre, il m’a à peu près intéressée au début, mais j’ai trouvé la fin vraiment trop… irréaliste, exagérée, voire relevant du grand guignol !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Kathel : les défauts de ce Prince sont nombreux… Un seul billet n’y suffit pas! 😉

  6. zarline dit :

    Dommage… C’est un auteur qui me tente depuis plusieurs années mais je vais jouer la prudence et commencer par un autre titre si les avis pour ce Prince d’orchestre passent du coup de coeur à la déception. Peut-être Le Turquetto ou Loin des bras, à voir…

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Zarline : oui, c’est étonnant… J’espère que tu tomberas sur un bon! 🙂

  7. Tasha dit :

    Moi ça ne me gêne pas qu’on déflore la fin dès les premières lignes mais tout dépend de ce qu’on en fait ensuite… Surtout, après avoir suivi le conseil d’un collègue (qui est romancier par ailleurs), fou du Turquetto, j’ai lu Loin des bras, dont le sujet me plaisait (et qui était en poche). Horrible déception! Comment dire… je ne comprends pas ce qu’il a voulu faire, je n’ai trouvé aucun intérêt au roman, je n’en comprends pas le propos, et au contraire de celui que tu chroniques, j’ai trouvé qu’il démolissait tout ce qu’il avait mis en place, en terme de propos, de force, dans les dernières pages. Une chose est certaine : Metin Arditi, pas pour moi!

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Tasha : ça a le mérite d’être clair! 😉

  8. Aifelle dit :

    J’ai « Victoria Hall » dans ma PAL depuis une éternité, ce n’est pas ton billet qui va m’inciter à le faire remonter.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Aifelle : les avis semblent très partagés sur cet auteur…

  9. blogclara dit :

    Je n’ai pas aimé l’autre livre dont tu parles mais alors pas du tout. t celui-cil l thème ne me disait rien. Une LV pour un WE en famille ( ou comment un auteur se fait plaisir sans penser au lecteur)?

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Clara : visiblement, Arditi n’est pas pour toi non plus alors? 😉

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