Et puis Paulette…

Barbara Constantine et moi, nous nous étions quittées très fâchées, après ma lecture d’Amélie sans Mélo. Enfin, c’est surtout moi qui étais fâchée. Barbara Constantine, elle, se fiche un peu de ce que je pense. Et tant mieux pour elle. Si les écrivains devaient s’arrêter au moindre vent défavorable, ils ne produiraient pas grand-chose…

J’ai donc, dans ma grande mansuétude, voulu accorder une deuxième chance à l’auteure. J’ai trouvé Et puis Paulette sur le présentoir de la médiathèque. Je l’ai emprunté puis lu. Jusqu’au bout cette fois. Ce qui est quand même bon signe.

Ferdinand, agriculteur à la retraite, vit seul dans sa grande ferme depuis que son fils, sa belle-fille et ses deux petits-fils sont allés vivre au village d’à-côté, où son fils tient un restaurant. Un chien égaré, une grosse tempête sont les deux déclencheurs qui vont conduire le vieil homme à s’intéresser à sa voisine, Marceline, à peine plus jeune que lui. Sur un coup de tête, il lui propose de venir vivre dans sa ferme, le temps que le toit de la maison de Marceline soit réparé. Elle accepte. Puis c’est Gaby, qui vient de perdre sa femme, qui vient les rejoindre. Peu à peu, la ferme se remplit de vieux qui voient dans cette organisation un moyen d’échapper à la solitude, de renouer des liens de solidarité et de faire des économies…

L’histoire contée par Barbara Constantine est bien sympathique. Qui pourrait avoir le cœur assez dur pour résister à une bande de papys et de mamies, bien intentionnés et capables de faire contre mauvaise fortune bonne entente? A moins d’être un psychopathe américain fraîchement débarqué en France (oui, on est obligé de les importer, ils ont un savoir-faire dans ce domaine totalement insurpassable!), impossible de ne pas regarder ça avec une certaine bienveillance.

Mais.
Parce qu’il y a un mais. Evidemment.

Tout d’abord, cela tient au style. Ou plutôt à l’absence totale de style. Tout au long du livre, l’électrostylogramme reste obstinément plat. Et passe plusieurs fois sous la barre du zéro absolu.

Quand Muriel arrive, ils vont la voir, lui expliquent ce qu’ils ont manigancé. Evidemment, elle fait la gueule. Elle était peinarde ici toute seule. Maintenant, elle va devoir partager son espace, changer ses habitudes, ranger ses affaires, laver la vaisselle qui traine dans l’évier, éviter de faire sécher ses petites culottes et ses soutifs devant le poêle. Ça la fait grave chier, leur histoire.

Ouais, moi aussi, putain, ça m’fait trop grave chier quand les auteurs se mettent à torcher des descriptions à la mords-moi-le-nœud qui t’avancent à que dalle, à déblatérer comme n’importe quelle connasse qui sait même pas aligner trois mots sans jurer. Merde quoi!

Mais passons cet épineux sujet du style. Ma sensibilité ne m’a peut-être pas permis de saisir toutes les subtilités de ce langage auquel j’évite d’avoir recours quand j’écris. Un peu de familiarité, pourquoi pas? Quelques grossièretés disséminées ici et là pour faire peuple, passe encore. Mais le problème, ici, c’est qu’il n’y a pas un paragraphe pour rattraper l’autre…

Guy et Ferdinand n’avaient pas sommeil. En feuilletant le programme télé, Ferdinand a vu qu’il y avait un documentaire sur les baleines. Il allait commencer dans cinq minutes à peine. Pas moyen de le rater. Ils ont pris deux verres et la bouteille de vin de prune et sont vite allés s’installer au salon.

Vous savez à quoi ça me fait penser? A une dictée niveau CM1… Même Radio-Londres, pendant la guerre, trouvait des phrases plus relevées pour faire passer des messages à la Résistance! Et Flaubert, pour décrire un charretier, n’avait pas besoin de se mettre à parler comme lui…

Deuxième mais. Les personnages. D’une part, ils n’ont presque aucune épaisseur, à force d’être gentils et d’avoir le cœur sur la main. Je me suis d’ailleurs demandé si l’auteure n’était pas victime du « syndrome Goya », non pas le peintre, la chanteuse… D’autre part, ils sont beaux comme la synthèse d’un cabinet chargé de cerner les nouvelles tendances, ces vieux croûtons-là : un peu d’Alzheimer ici, un peu de drame familial là, une petite pincée de déni de grossesse, un saupoudrage de bio pour faire plus vert, avec le petit goût ail et fines herbes qui va bien avec la soupe… Bref, tout ce qu’il faut pour rassembler et mettre tout le monde d’accord. J’avoue que ça m’agace un peu, ce côté « Youpi, on est tous amis! », « Hourra, les jeunes et les vieux, même combat! ».

Au final, il reste un sorte de conte moderne, bien gentillet, pas désagréable à lire. Bien sûr, on a besoin de belles histoires, d’histoires qui font rêver, de fictions qui rendent l’utopie possible. Mais comme le gamin, dans la pub pour les biscuits Finger, j’ai envie de demander à Barbara Constantine : dis, tu peux la faire un peu plus élaborée, ton histoire? Un peu plus riche? Un peu moins bateau? Parce que pour faire un bel arc-en-ciel, il faut de la lumière mais aussi un grain bien noir!

Et puis, on n’est pas des Bisounours. Merde quoi!

A lire, le billet de Sylire qui renvoie vers d’autres avis.

Et puis Paulette…, Barbara Constantine, Calmann-Lévy. 

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35 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Aifelle dit :

    Au moins ton billet m’a fait passer un bon moment ! J’avais l’intention de le lire, un jour où mes neurones seront à plat, très très à plat. Et où j’aurai besoin de croire que la vie, c’est comme dans le livre.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Aifelle : comme je le dis à la fin, on a besoin d’histoires douillettes aussi mais pas au détriment du style, des personnages et de la construction! Sinon, ce n’est plus un livre, c’est une bouillotte! 🙂

  2. J’adore ton billet !!!!! je l’ai lu sans déplaisir mais n’en garde pas trop de souvenirs

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Sandrine : merci! J’aimerais pouvoir les écrire tous comme ça! 🙂

  3. In Cold Blog dit :

    Ton (superbement troussé) billet me suffira.
    Pour avoir été échaudé par « Allumer le chat », pour des raisons similaires aux tiennes, il est évident que je ne suis pas dissoluble dans l’univers de Barbara Constantine.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ In Cold Blog : j’aime cette expression « trousser des billets » 😀 Malheureusement, j’y arrive mieux quand je n’ai pas aimé! J’espère bien que tu n’es pas soluble dans l’univers de B. Constantine! On tient à te garder parmi nous… 😉

  4. kathel2 dit :

    Tu m’as bien divertie ce matin ! J’avais lu sans déplaisir « Allumer le chat » mais c’était au cours d’un voyage en train… donc légèrement plus intéressant que les conversations des voisins. Le style ne m’avait pas dérangé plus que ça, mais quand je lis les extraits que tu cites, mais flûte alors, que c’est plat ! (oui, je châtie mon vocabulaire…)

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Kathel : c’est peut-être voulu, ce côté plat, je ne sais pas. Mais pour moi, c’est vraiment trop juste!

  5. sylire dit :

    Je ne l’ai pas lu ainsi et je te trouve bien sévère… Mais c’est ton droit le plus strict !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Sylire : Sébastien Fritsch m’a lui aussi qualifiée de lectrice sévère. 😉 Sévère, je ne sais pas. Exigeante, c’est certain. Pour moi, de bons sentiments ne suffisent pas à faire un livre. Le roman de B. Constantine n’est pas désagréable à lire mais il est insuffisant, peu travaillé et ça, ça ne passe pas…

  6. J’aime ton humour! Quand tu esquintes un livre, au moins on rit bien!
    PS : toi aussi tu connais le syndrome « goya »? je croyais avoir inventé l’expression! Serait-elle universelle?

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Claudia : je ne savais pas que tu avais utilisé cette expression! Elle n’est pas universelle mais nos références sont assez semblables apparemment! 😉

  7. keisha41 dit :

    B Constantine a quand même réussi l’exploit de me faire abandonner un roman où il y avait un chat dans le titre et comme personnage… Des a priori très très fortement positifs, donc. Mais l’écriture, crotte de crotte, ça m’a saoulée grave.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Keisha : oui, il y a une limite à ce qu’on peut tolérer quand même…

  8. Joëlle dit :

    Ta plume a trempé dans le vitriol ! Barbara Constantine n’est pas un auteur majeur mais elle a réconcilié avec la lecture quelques irréductibles de mon entourage… Si on veut du roman avec « petits vieux » de qualité, c’est vrai qu’il vaut mieux chercher du côté de Marie-Sabine Roger et de son distrayant Bon rétablissement !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Joëlle : le vitriol? Non, penses-tu, je peux faire bien pire que ça… 😉 Je comprends bien que Barbara Constantine veut faire des livres qui mettent tout le monde d’accord et ne prennent par la tête. Ça marche, ça plait, c’est lu. Et c’est très bien mais la lectrice que je suis préfère quand c’est plus consistant. Quant au Bon rétablissement de Marie Sabine Roger, il n’a pas vraiment trouvé grâce à mes yeux non plus, alors que j’avais beaucoup aimé les deux précédents…

  9. blogclara dit :

    Oui, on n’est pas des Bisounours, je confirme !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Clara : c’est bien ce qu’il me semblait… 😉

  10. noukette dit :

    Tu n’y vas pas avec le dos de la cuillère, j’adore !! ,-)

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Noukette : de temps en temps, ça me prend… 🙂

  11. vonnette dit :

    Je n’ai pas lu ce livre…et je ne le lirais pas ! Par contre j’ai adoré lire ton billet et rien que pour cette lecture je remercie l’auteure d’avoir écrit son bouquin !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Vonnette : je ne sais pas ce que pourrait penser l’auteure de ton commentaire mais en tout cas, il me fait bien plaisir! 😀

  12. Leiloona dit :

    J’aime beaucoup ton billet, il m’a bien fait rire. J’aime beaucoup cet auteur, pour son style si particulier. L’auteur a tout d’abord écrit des synopsis pour la télé, ça se voit, je trouve. 😉 Mais pour moi un charme certain s’en dégage, comme si ce style naïf collait à cet univers. 😉

    1. Gwenaëlle dit :

      Je ne savais pas qu’elle avait d’abord écrit pour la télé. De là peut-être, en effet, ce style sans fioritures… 😉

  13. Hihi, si Barbara Constantine ne me comptera plus parmi ses lectrices (elle m’a déjà eu deux fois, c’est bon) toi oui 😀

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Chaplum : crois-tu? 😎

  14. Violette dit :

    J’ai lu Allumer le chat de cet auteur et j’ai été très déçue… par rapport à tout le bien dont j’en avais entendu!. J’ai trouvé ça tout simplement sans intérêt!

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Violette : littérairement parlant, c’est vrai, aucun intérêt…

  15. ohoceane dit :

    J’avais des a priori négatif sur Barbara Constantine, avant de la lire et de la trouver si réconfortante, si humaine aussi ! Ce que j’appelle la littérature « doudou », pas forcément très stylée ou recherchée, mais qui remets quelques jolis principes en place 🙂

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Océane : il y a de bons côtés mais quand même, un petit effort stylistique, ça n’a jamais tué personne si? Là, c’est plat, plat, plat…

  16. Dominique dit :

    un livre à lire quand le moral est en berne, quand on vient d’enfiler deux ou trois livres bien difficiles, quand on a peu de temps devant soi
    je ne l’ai pas lu, je l’ai écouté et il m’a distraite une nuit d’insomnie c’est déjà pas mal non ?

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Dominique : ce n’est pas désagréable à lire, juste insuffisant…

  17. lucie38 dit :

    je kiffe ton billet et regrette mon achat d’à Mélie…

  18. Didi dit :

    Un peu trop en effet … une escalade exagérée. J’ai largement préféré Tom Tom tout petit homme …
    Un billet bien grinçant je n’ai pas osé aller aussi loin et je n’ai pas complètement détesté certains passages.
    Bonne soirée

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