Au pied du mur

002677588Lucia Holley vit avec son père et ses deux enfants au bord d’un lac. Son mari, Tom, est parti combattre dans le Pacifique. Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale et les tickets de rationnement obligent toute la famille à quelques sacrifices. Grâce à la précieuse Sybil, sa bonne noire, Lucia arrive à faire croire aux siens qu’elle est une ménagère attentive et douée.

L’histoire débute quand elle découvre que sa fille, Bee, s’est amourachée d’un individu peu recommandable. Individu qu’elle retrouve un matin empalé sur une ancre, dans un des canots, sous le hangar à bateaux. Persuadée que son père est impliqué et que le scandale guette, elle prend le bateau, et va cacher le corps dans les marais.

Cette action insensée va la propulser dans un monde jusqu’alors inconnu : celui de la pègre. Coincée entre un maître-chanteur et un policier faussement débonnaire, Lucia se débat, s’agite, cherche des solutions, mais surtout, réfléchit à son rôle de mère au foyer, à ses choix de vie. Elle découvre aussi chez les autres femmes de la maisonnée – sa fille Bee, sa bonne Sibyl – des aspirations très éloignées des siennes qui lui révèlent son besoin d’indépendance.

Ce roman est intéressant à double titre. D’une part, l’action est bien menée, le suspens maintenu de bout en bout, sans que l’auteure se laisser aller à une complaisance morbide. La partie est finement jouée, qu’il s’agisse de la narration, ou de l’écriture. D’autre part, l’histoire de cette femme, confrontée à elle-même et aux attentes des siens, par le jeu des circonstances, trace l’esquisse de cette génération que la guerre va profondément faire changer. C’est un roman subtil, bien de son époque – d’aucuns le trouveront peut-être suranné.

 » Je suis désolée, maman, reprit Bee, d’un ton sec, comme à regret ; mais je ne suis pas comme toi. Je ne vais pas vivre comme tu le fais. Si on peut appeler ça vivre. Se marier à dix-huit ans, en sortant du lycée. N’avoir rien vu ni fait grand-chose d’intéressant. Aucune aventure, une existence incolore. Tu aimes sans doute te sentir en sécurité. Eh bien, moi, je ne veux pas être en sécurité. »

Au pied du mur, Elisabeth Sanxay Holding, éditions Baker Street.

L’avis de Clara.

Pour plus d’informations, vous pouvez retrouver la fiche détaillée du livre chez Dialogues, que je remercie au passage!

Dialogues croisés

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20 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. clara dit :

    j’ai vraiment aimé ce charme suranné !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Clara : moi aussi. 🙂

  2. jerome dit :

    J’ai un peu de mal avec le suranné^^

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Jérôme : pourquoi est-ce que ça ne m’étonne pas? 😉

  3. moi le suranné m’emballe bien généralement…Clara en avait fait un beau billet aussi. J’aime ce que tu dis sur le frémissement qu’une génération que la WW2 va changer…

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Galéa : je ne sais pas si tu connais les éditions Perséphone, à Londres, qui se sont fait une spécialité de ces romans, le plus souvent écrits par des femmes, qui abordent la période fin XIXème – moitié du XXème à peu près. Celui dont je parle aujourd’hui a aussi été ré-édité par leurs soins. Gage de qualité! 😉

  4. aifelle dit :

    Je n’ai rien contre le côté suranné, au contraire, je l’ai déjà noté chez Clara, sans urgence (j’ai à nouveau une PAL clandestine qui augmente .. augmente ..)

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Aifelle : une PAL clandestine? Hum, ça a l’air très sulfureux cette histoire… 😉

  5. Faut que je découvre le suranné…;)

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Mirontaine : Jamais trop tard… 😉

  6. chaplum2 dit :

    J’adore aussi le suranné 🙂

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Chaplum : c’est délicieux, n’est-il pas? 😉

  7. kathel2 dit :

    Je découvre et je note !

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Kathel : bon réflexe! 😉

  8. gambadou dit :

    J’aime bien de temps à temps une petit côté ancien. Je note

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Gambadou : publié pour la première fois en 1947 aux EU. Et la série noire n’a publié deux fois! C’est dire si la dame a du succès!

  9. Loo dit :

    Ca à l’air terrible comme histoire et je suis surprise que ce soit suranné.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Loo : ça dépend des lecteurs. Franchement, j’aime bien ce petit côté désuet.

  10. yv dit :

    Il est clair qu’il est un rien désuet, mais ça rajoute à son charme : pas de portable, pas d’Internet, pas de carte bancaire et pas d’hémoglobine coulante à toutes les pages. Non un polar très bien ficelé

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Yv : ça ne m’a pas du tout dérangée, ce petit côté « old fashioned ». Et c’est vrai que sans le bazar technologique, ça vieillit mieux!

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