Le cœur du pélican

L’histoire d’Anthime est celle d’un homme qui jusqu’au bout dit : c’est pas moi, c’est les autres.

L’histoire d’un homme qui court sans comprendre que les pas qu’il fait l’éloignent plus qu’ils ne le rapprochent.

L’histoire d’un homme qui, parce qu’il a l’illusion d’avancer, ne se rend pas compte qu’il fuit.

Tout commence par un jeu apparemment innocent, dans une fête de village : des enfants s’affrontent, un seul réussira à emporter la quille placée au milieu du terrain. Parce qu’il triomphe de l’épreuve, Anthime devient le jeune coureur en lequel tous – ses parents, son entraîneur, son collège, ses amis, ses voisins… – placent leurs espoirs. Et tel le pélican de la légende, Anthime s’offre alors à ceux qui l’idolâtrent. Il sacrifie au sport sa vie et ses amours d’adolescent, jusqu’au jour où son corps, trop vite et trop intensément sollicité, le lâche.

09-308x500Pas besoin d’en révéler davantage pour vous donner envie de lire le dernier roman de Cécile Coulon, porté par une écriture nerveuse, foisonnante, implacable. Même s’il peut paraitre excessif – par deux fois, il prend en effet des décisions radicales sans même connaitre les conséquences des actes qui l’ont mené à ces choix – le personnage d’Anthime est une figure connue, qu’on croise souvent chez nos semblables. C’est un homme qui se laisse porter par les désirs et les attentes des autres. Peut-être même essaie-t-il d’y répondre. Mais jamais il ne s’interroge sur ses rêves à lui, ses désirs propres, la vie qu’il voudrait vraiment mener. Manque de lucidité? Manque de courage? Addiction à cette forme de servitude volontaire qu’est la célébrité?

Quatrième roman de l’auteure, ce Cœur du Pélican est sans doute le plus abouti. L’écriture est riche, dynamique, fluide, allégée de ces métaphores ampoulées qui parsemaient ses premiers romans. Les personnages y sont denses, épais, portant avec plus ou moins d’élégance sur leurs épaules tout le poids de la vie. Les questions abordées à travers cette histoire, sur le choix et son corollaire : le renoncement, sur l’amour, sur la célébrité, sur le regard des autres, sont traitées avec finesse et ne manquent pas de trouver des échos chez le lecteur. Cécile Coulon n’a pas son pareil pour cerner ces vies moyennes, un peu trop bien repassées pour être vraiment excitantes, qui sentent bon l’assouplissant « Printemps du verger », mais suintent aussi la frustration et l’ennui.

Pour équilibrer un peu ces louanges, je dois quand même dire que le dernier tiers du roman est pour moi son « ventre mou ». J’ai trouvé certains évènements peu crédibles, et le rythme moins tenu. Mais ce sont là défauts de jeunesse. Cécile Coulon a vingt-quatre ans et toute la vie devant elle pour travailler son jeu de plume et son uppercut littéraire…

Le cœur du Pélican, Cécile Coulon, éditions Viviane Hamy. 

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9 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Asphodèle dit :

    J’ai lu « Le rire du grand blessé » en janvier et j’en suis sortie mitigée, à tel point que je ne pense pas faire de billet. Mais j’ai remarqué qu’il y avait du potentiel ! 😉 Celui-ci m’attire davantage…

    1. @ Asphodèle : je n’ai pas lu celui que tu cites, mais les deux précédents, qui ne m’avaient pas autant emballée que les critiques « officielles »… Celui-ci est travaillé, débarrassé des « tics » des deux autres, pas encore parfait mais pas loin! 😉

  2. kathel2 dit :

    Ton billet ajoute à la tentation : j’avais bien aimé son premier roman…

    1. @ Kathel : si le sujet t’intéresse, je pense que celui-ci ne te décevra pas.

  3. Martine dit :

    Emprunté à ma médiathèque, il est dans mes toutes prochaines lectures et certainement mes très très prochaines après avoir lu ton avis. Merci et bonne journée!

    1. @ Martine : Bonne lecture, alors! A bientôt.

  4. clara dit :

    il est à la biblio : super !

    1. @ Clara : tu as de la chance, ta médiathèque a plein de nouveautés!

  5. ohoceane dit :

    je vais passer mon tour je crois, non par désintérêt mais par manque de temps ! J’ai dévalisé ma médiathèque… Mais je note pour la prochaine fournée !

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