Avec mon corps

Qui est-elle?

Une mère de famille dévitalisée par trois turbulents garçons dans les paysages humides de Gloucestershire. Une épouse bien sous tous rapports, mais qui n’a pas fait l’amour avec son mari depuis deux ans. Une amie qui subit sans broncher les conversations oiseuses de l’égocentrique Susan.

Une femme, sans doute, mais quelle femme? Une femme sans corps? Une femme sans vie?

avec-mon-corpsNous ne saurons pas le nom de celle qui se sent ainsi asphyxiée par cette vie de femme au foyer qu’elle a pourtant choisie, après avoir longtemps exercé comme avocate. Son isolement et son mal-être l’obligent peu à peu à revenir dans le passé, vers l’enfant qu’elle a été jadis, sous le soleil australien. Orpheline de mère, elle a vécu quelques années avec son taiseux de père. Puis le monde a basculé quand celui-ci s’est remarié avec Anne, une femme jalouse de ses prérogatives de jeune maîtresse de maison et prête à tout pour évincer l’enfant du premier mariage. La narratrice se souvient alors de sa profonde solitude, de ses années de pensionnat, de sa première expérience sexuelle.

Et puis soudain, c’est le souvenir de Tol qui l’envahit toute entière. Tol, l’homme qu’elle a aimé alors qu’elle avait à peine seize ans, sous le ciel brûlant du bush australien. Tol qui l’a initiée aux plaisirs du corps, qui a éveillé sa sensualité, qui lui a permis de croire qu’une autre vie était possible, au-delà de la petite ville minière qu’elle avait toujours connue. Tol qui le premier l’a aimée, elle l’enfant presque sauvage qui croyait ne l’être jamais.

Le livre de Nikki Gemmell exsude par toutes ses pages la féminité : qu’elle soit assumée et pleinement vécue, ou bien reniée et refoulée derrière une apparence sage et conforme. Au-delà de la narratrice, c’est à toutes les femmes – et par là-même à tous les hommes aussi – que l’auteure s’adresse. Quand nous avons rempli nos fonctions de mère et d’épouse, nous reste-t-il encore une place pour vivre notre vie de femme, avec notre tête et avec notre corps? Nous accordons-nous le droit d’aimer? Nous autorisons-nous à mener la meilleure vie possible ou bien nous contentons-nous d’une fade et tiède médiocrité? L’amour et la jouissance sont-ils des chimères?

En tête des chapitres, les courtes citations extraites d’un manuel victorien à l’usage des femmes montre que bien des choses ont changé, mais pas toutes. La liberté, au-delà des textes et des lois, n’existe pas en soi. Il faut parfois aller la chercher avec les dents, mais il faut surtout se l’accorder. Et c’est ce pas-là, ce pas intérieur, que le livre de Nikki Gemmell pousse à faire, s’il n’a pas déjà été accompli.

Plus qu’un roman, Avec mon corps propose une philosophie féministe de la vie.

Peu importe ce que les gens pensent : vous vous libérez de ce poids aussi. Vous saisissez les occasions d’être heureuse. Vous faites honneur aux merveilles qui vous entourent, à toute cette beauté folle, cette splendeur éclatante. Vous devenez cette femme qui se délecte de vivre, qui semble faire souvent l’amour, trois fois par jour, même si ce n’est pas le cas. Tout est dans votre rire.

Un roman comme un tourbillon de vie, à lire et à faire lire aussi!

Avec mon corps, Nikki Gemmell, Au Diable Vauvert,

Merci à l’agence Anne et Arnaud

Le billet de Séverine qui m’a donné très envie de découvrir cet ouvrage. Et je ne le regrette pas!

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15 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. jerome dit :

    Valérie en avait déjà dit le plus grand bien, tu enfonces le clou !

    1. @ Jérôme : un livre qui ne peut que plaire aux hommes qui aiment les femmes! 🙂

  2. Dorine Salomon dit :

    ah oui, ça donne envie !

    1. @ Dorine : tant mieux! 🙂

  3. manika27 dit :

    Lu quelques autres critiques .. je crois que je vais finir par craquer !

    1. @ Manika 27 : c’est si bon… de craquer! J’espère que tu seras aussi enthousiaste que moi.

  4. ohoceane dit :

    J’ai beaucoup entendu parler de Nikki Gemmel ! Une femme intéressante on dirait, avec un propos politique de poids; j’ai très envie de découvrir son écriture.

    1. @ Océane : c’est vrai. Ça m’a donné envie de poursuivre sa découverte : j’ai acheté La mariée mise à nu.

  5. sylire dit :

    Il m’attend… mais il n’est pas le seul !

    1. @ Sylire : à quand une photo de ta bibliothèque/PAL? 😉

  6. lorouge dit :

    J’ai lu ses premiers romans et j’aimais beaucoup…J’avais déjà été tentée par « la mariée mise à nu », sans concrétiser, mais maintenant celui là il me le faut ;0) Trop trop tentant (et ton billet rejoindra d’ailleurs vos billets les plus tentateurs ;0) Tu n’as plus de blog de lectures personnel ?

    1. @ L’or Rouge : oui, il faut le lire! J’alimente beaucoup Glaz… alors c’est presque un blog personnel, mais ouvert à d’autres plumes aussi.

  7. lorouge dit :

    Il devrait être mon prochain achat ;0) Et je rajoute donc Glaz dans ma liste de blogs, bonne journée Gwenaëlle

    1. @ L’or rouge : Merci! Bonne journée à toi aussi. 🙂

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