La théorie de la Tartine

Titiou Lecoq a dû tomber dans l’intégrale de Zola, quand elle était petite. Résultat : elle se penche aujourd’hui sur cette génération de jeunes quadragénaires qui a grandi en baignant dans ce liquide amniotique particulier qu’est Internet… et renouvelle un genre qu’on croyait dépassé : « le réalisme social ».

DSC033142006. Ils sont trois. Christophe, un des pionniers du web-journalisme, marié à Claire et bientôt deux fois papa, Marianne, pionne-étudiante récemment larguée par son mec et Paul, jeune hacker affublé de parents névrosés (à moins que ce ne soit le contraire). Une sex-tape diffusée sur internet à l’heure où ce dernier n’est encore qu’un vaste terrain de jeu pour potaches amateurs de vie virtuelle, réunit ces trois-là dans une drôle (à tous points de vue) d’aventure. Neuf ans plus tard, alors qu’internet est devenu partie prenante de nos vies, ils sont toujours amis, mais leur quotidien ne s’est pas simplifié pour autant. Au contraire…

Titiou Lecoq ne s’embarrasse pas de périphrases. Les hommes ont des couilles, une bite et se branlent volontiers en matant des vidéos pornos. Les femmes ont des amants et des plans-cul, mais toujours autant de mal à jouir… Le ton est caustique, le propos dans l’air du temps et le fond aborde non seulement notre rapport à internet, mais aussi la parentalité, l’amour version 2.0, la gangrène de l’économique dans toutes les strates de la vie, et l’amitié – ultime rempart quand le monde autour s’écroule?

Au-delà de l’aspect « mode » du roman, il y a une réflexion sur la façon dont les ordinateurs et internet interagissent avec nos vies, modifiant profondément les rapports sociaux, le travail et les enjeux.

Il était de plus en plus convaincu que dans notre société moderne, une inégalité fondamentale allait s’opérer entre ceux qui donnaient des ordres aux machines et ceux qui obéissaient aux ordres des machines.

Quand le moindre de nos clics est enregistré, décortiqué, utilisé, conservé, la limite entre vie privée et vie publique n’existe plus. Face à la puissance des algorithmes, nous sommes tous à poil, ai-je envie de dire, pour rester dans le ton du roman.

Ce qu’on cherchait sur le web racontait par petites touches impressionnistes notre vie, comme une sorte de Monet informatique. Elle voulait montrer au public toutes les traces que Google accumulait sur nous.

Un roman plein d’humour, impertinent et fûté. Bon, ça reste très parisien et post-adolescent, tout ça, il faut bien le dire, mais au final, si l’on n’a pas peur de s’aventurer dans le « littérairement incorrect », c’est une lecture enrichissante et drôle qui mérite vraiment le détour.

La théorie de la tartine, Titiou Lecoq, Au diable Vauvert. 

Le billet de Keisha qui a apprécié le côté informatif du roman.

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13 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Quaidesproses dit :

    Il sera ma prochaine lecture. Il m’attend sagement. Et ta chronique me rassure sur ce que je vais y trouver. 🙂

    1. @ Quai des proses : j’espère que tu passeras un bon moment de lecture.

  2. keisha41 dit :

    Les trois personnages sont bien loin de moi, mais j’y ai trouvé de quoi réfléchir, dans ce roman!

    1. @ Keisha : oui, c’est vraiment un sujet brûlant!

  3. sylire dit :

    Il est dans ma PAL… (et oui, lui aussi !) Ton avis me rassure tout en me demandant si c’est bien pour moi.

    1. @ Sylire : on passe un bon moment, même si certains traits peuvent agacer…

  4. Aifelle1 dit :

    Si je le vois à la bibliothèque, je le prendrai, mais sans me précipiter non plus.

    1. @ Aifelle : oui, j’imagine que tu as de quoi faire! 😉

  5. Yv dit :

    J’avais bien aimé Les morues l’un de ses romans précédents ou le précédent, le ton et la fausse légèreté.

    1. @ Yv : oui, fausse légèreté, c’est exactement ça…

  6. ohoceane dit :

    Comme dit chez Keisha, j’ai envie de le lire à cause du thème abordée, histoire d’avoir un point de vue, mais le style de l’auteur m’énerve au plus haut point 🙂

    1. @ Océane : c’est vrai que le style… c’est ce que j’ai appelé le « littérairement incorrect »… je ne sais pas si ça apporte vraiment quelque chose ou pas. Je suis partagée…

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