Les amours de ma mère

9782246809036-XCe livre est-il un récit, un roman, un témoignage? Un peu des trois?

Pendant plusieurs années, l’auteur, Peter Schneider a transporté, de maison en maison, un carton contenant la correspondance de sa mère. Le fait que ces lettres aient été, pour la plupart, écrites en sutterlin – écriture cursive allemande, héritée de l’écriture gothique – explique en partie pourquoi le fils a attendu tant d’années pour se pencher sur les souvenirs de sa mère. Quand enfin il se décide à le faire, c’est une autre femme, bien loin de l’épouse et de la mère modèle dont il a gardé le souvenir, qui se dessine. Une femme libre et passionnée qui a aimé son mari, mais aussi le meilleur ami de celui-ci…

Dans notre société, où la fidélité dans le couple est encore un sujet auquel on ne touche pas ou peu, le portrait de cette femme qui vit ses amours avec une franchise désarmante étonne. Elle aime et ne craint pas de le dire. En charge de quatre enfants, avec un mari musicien très souvent absent, dans le contexte périlleux de la fin de la guerre en Allemagne, entre privations et bombardements, la mère de l’auteur réussit l’exploit de vivre un amour passionné pour Andreas, le metteur en scène, à qui elle adresse des missives ardentes.

Le livre de Peter Schneider est passionnant à plusieurs égards. Pour l’époque qu’il restitue, et dont on parle peu. Pour la réflexion qu’il nourrit sur le risque qu’il y a, pour tout enfant, à plonger dans le passé de ses parents, surtout s’ils ont vécu dans l’Allemagne nazie! Pour cette illustration d’un choix amoureux hors du commun, très en avance sur son temps. Et enfin pour ce magnifique portrait de femme, qui se meurt littéralement d’amour, face à un homme qui prend, mais ne donne pas, et doit renoncer à toute ambition littéraire, faute de temps.

La maison sombre, désagréable, est une prison qui chaque jour lui annonce de nouveau sa peine – le destin ignominieux de toute femme qui a survécu à la guerre avec ses enfants : coudre, raccommoder, faire la cuisine, faire le ménage.

Un témoignage bouleversant, dont on a peu parlé mais qui mérite vraiment d’être lu!

Les amours de ma mère, Peter Schneider, Grasset. 

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. sylire dit :

    C’est très tentant, effectivement. On a peu parlé, c’est vrai. Je note.

    1. @ Sylire : oui, c’est dommage qu’il n’ait pas eu l’attention qu’il mérite. Mais il est encore temps! 🙂

  2. Aifelle dit :

    Ça m’intéresse beaucoup, autant pour l’histoire que pour l’époque évoquée.

    1. @ Aifelle : il mérite vraiment le détour!

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