Priscilla

IMG_4860Nicholas Shakespeare est un écrivain britannique que j’avais découvert avec son roman « Héritage » – très bonne surprise de lecture! Aussi, quand j’ai vu ce nouvel opus, publié chez Grasset, je m’y suis intéressée. Il ne s’agit pas d’un roman, plutôt d’une biographie menée comme une enquête.

L’auteur s’est en effet attaché aux pas de sa tante Priscilla, qu’il a connue lorsqu’il était enfant et qui l’a toujours ému et quelque peu fasciné. Disposant des seuls éléments biographiques donnés par ses parents, il a cherché, longtemps après sa mort, à en savoir plus sur le passé de Priscilla. Passé que celle-ci s’était toujours attachée à entourer d’un brouillard nébuleux… C’est la découverte d’un coffre contenant correspondance et journaux intimes qui va permettre à Shakespeare de rétablir la chaine des évènements qui ont marqué la vie de Priscilla durant ces années particulières de l’Occupation en France.

Jeune femme fragile, délaissée par son père, mal-aimée par sa mère, Priscilla traverse seule des évènements douloureux. Elle ne peut compter que sur son amie d’enfance, Gillian. Et sur sa beauté qui le même effet sur les hommes qu’une ampoule de 100 watts sur les papillons de nuit…

Son enfance avait été un fragile mélange de traîtrises, de déceptions et d’aveuglement de la part de personnes  dont elle dépendait et qui auraient dû lui offrir protection et lui servir d’exemples. Lorsqu’on est rejeté par ses deux parents, on se retrouve dans un autre monde. On se construit une coquille, d’abord peut-être avec les livres, puis en cherchant l’amour auprès des hommes. Elle était belle et les attirait donc, mais aucun d’eux ne voulait s’engager, en tout cas de façon convaincante, pas jusqu’à Robert.

En 1938, peu de temps avant que le second conflit mondial n’éclate, Priscilla épouse en effet Robert Doynel de la Sausserie, qui a presque le double de son âge. Elle espère avoir un enfant de lui, mais il se révèle vite impuissant. Puis la guerre éclate, il est mobilisé. Priscilla, considérée comme ennemie en raison de sa nationalité britannique, est envoyée dans un camp d’internement à Besançon, où elle va vivre des moments très difficiles, et extrêmement marquants.

Est-ce que cela suffit à expliquer et justifier son comportement durant les années qui suivront? L’auteur va en effet de découverte en découverte, effritant peu à peu le mythe d’une tante résistante à l’heure où la France cédait aux sirènes de Vichy.

La « collaboration horizontale » fut un crime réservé aux femmes françaises, pour lesquelles dormir avec l’ennemi a été souvent le seul moyen de nourrir leurs enfants. Dans cette ferveur expiatoire, les hommes qui, à leur grande honte, n’avaient pas pu pendant quatre ans protéger leur famille, se battaient pour retrouver une autorité morale qu’ils avaient perdue à la suite d’une extraordinaire défaite. D’une certaine façon, c’est par cette dégradation qu’ils se sentaient de nouveau respectables.

Ce texte, dont on a peu parlé en France, est absolument passionnant. Il apporte un éclairage différent sur une période sombre de notre passé. L’Histoire se met ici à hauteur d’humain. Loin des grandes décisions politiques et des actes de bravoure, on est plongé au cœur de l’ordinaire, dans la vie de tous les jours. Une vie précaire, sans visibilité sur le futur, où il est davantage question de survie que d’autre chose.

A travers le parcours de sa tante Priscilla, l’auteur s’attache à cette question : qui sommes-nous pour condamner les choix de ceux qui luttaient pour leur survie? Ce faisant, il cisèle aussi le portrait d’une femme façonnée par son temps et les circonstances, condamnée très jeune à une immense solitude et qui n’a eu de cesse de trouver l’Amour.

Ne vous laissez pas impressionner par les cinq cents pages de ce récit : elles se lisent comme un roman captivant de bout en bout. C’est une lecture impressionnante et une salutaire plongée dans l’Histoire. Et j’espère que la brièveté de mon billet sera compensée par mon enthousiasme pour cette enquête très documentée et qui laisse le lecteur/ la lectrice un peu sonné(e) par ce destin à la fois extraordinaire et terriblement banal… Une sacrée leçon de vie!

Priscilla, Nicholas Shakespeare, Grasset. 

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. sylire dit :

    Tu donnes sacrément envie d’autant que je suis de plus en plus intéressée par les biographies.

  2. keisha41 dit :

    Tu donnes envie en effet (mais je viens de lire Héritage, en attendais beaucoup, et suis un poil déçue)

  3. anne7500 dit :

    J’ai bien aimé éritage, et tu me donnes bien envie de découvrir ce titre. Il date de 2015 ?

  4. Océane dit :

    Je suis traumatisée par son nom de famille ^^ enfin, façon de parler, j’aime tellement son homonyme élisabéthain, que je pourrais bloquer sur le contenu (non, je ne suis pas folle 🙂 )

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