Carthage

livre_galerie_282Ce roman, c’est d’abord une épaisseur. Un poids. Une manière pour l’auteure de jeter un nouveau pavé dans la mare du politiquement correct américain? A lire cette histoire, cela ressemble, en effet, à un roman à charge contre l’Amérique du XXIème siècle.

Dans la famille Mayfield, il y a Zeno, le père, homme débonnaire et généreux qui a été maire de Carthage. Arlette, la mère, et les deux filles : Juliet, la belle, et Cressida, l’intelligente. Juliet vient de rompre ses fiançailles avec caporal Brett Kincaid, tout juste rentré d’Afghanistan, salement amoché et en pleine rééducation.

Ce jour de juillet 2005, Carthage se réveille, et Cressida a disparu. La jeune fille de dix-neuf ans, qui ne sourit jamais sur les photos et souffre de divers troubles liés à sa précocité intellectuelle, semble s’être évanouie dans la Réserve, une grande zone boisée autour de Carthage, et il semble bien que ce soit Brett Kincaid qui soit le dernier à l’avoir vue. Des recherches sont bien sûres entreprises…

Mieux vaut ne pas en dire davantage, car dévoiler la suite de l’histoire gâcherait le suspens qui est un des fils conducteurs de ce roman. Mais pas le seul, car à travers cette histoire, Joyce Carol Oates s’en prend aux divers maux dont souffre l’Amérique : la religion, le puissance militaire, le système carcéral… Si l’intention est louable – il y a beaucoup à dire sur ces sujets – la manière m’a semblé moins convaincante. Aussi mon avis est très mitigé sur ce roman. Il y a le style, la manière de passer d’un personnage à l’autre, d’alterner les points de vue et les voix qui donnent un incroyable dynamisme à l’histoire, et signent la plume d’un grand écrivain. Mais il y a aussi ce parti pris dans la construction qui, du coup, manque d’équilibre. A la lecture de certains passages, on ne sait plus si Joyce Carol Oates écrit ou bien si elle instruit le procès des prisons américaines…

C’est, malgré ce bémol, un roman à lire, pour la variété des sujets abordés, le style ébouriffant et cette voix qui va à l’encontre du discours bien-pensant. Avec une mention spéciale pour le personnage de l’Enquêteur, qui à lui seul mériterait de faire l’objet d’un nouveau roman… Joyce Carol Oates fait partie des écrivains américains incontournables, et à ce titre, je crois qu’une visite de Carthage s’impose…

Carthage, Joyce Carol Oates, Philippe Rey.

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8 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. anne7500 dit :

    Il y en a tant à lire chez Joyce Carol Oates !

    1. @ Anne : c’est vrai, elle est prolifique!

  2. keisha41 dit :

    Un auteur qui me plaisait bien mais maintenant, ça n’accroche plus…

    1. @ Keisha : pour moi, ça dépend des textes. Son recueil de nouvelles m’attend.

  3. sylire dit :

    Le nombre de pages m’a fait peur et ton avis quelque part conforte mon choix de passer mon chemin. J’avais beaucoup aimé son précédent « Mudwoman ». C’est une auteure talentueuse mais s’embarquer dans un de ses romans demande un peu de temps devant soi.

    1. @ Sylire : bien sûr, mon avis est totalement subjectif… J’ai essayé de traduire mon ressenti. Le déséquilibre entre les deux parties rend le livre un peu bancal, mais c’est de la littérature de haut niveau, avec une liberté dans l’expression qui est fascinante.

  4. aifelle dit :

    Une auteure qui ne m’attire pas vraiment, j’ai bien peur de ne pas entrer dans son univers.

    1. @ Aifelle : c’est très particulier, en effet. Mais une plume très intéressante…

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