Peindre, pêcher et laisser mourir

Jim Stegner vit seul dans une petite maison, près de Paonia, dans le Colorado. Il est peintre, et pêcheur à la mouche. C’est un écorché vif, qui a vu sa vie de couple éclater après le décès de sa fille. Ancien alcoolique, excessif, doté d’une forte personnalité, il met toute son énergie dans sa peinture, et part souvent pêcher des truites dans les rivières du coin, des lieux où environné de nature et de silence, il peut s’apaiser.

Sa vie bascule le jour où il surprend deux brutes en train de rouer de coups une petite jument. L’engrenage de la violence se met alors en route, et c’est une sorte de course-poursuite qui s’instaure, ne laissant plus Jim en repos, et réactivant la violence qu’il avait pourtant réussi à tenir à distance…

imgresComment trouver les mots justes pour vous dire tout le bien que j’ai pensé de ce livre? Je crois qu’il n’y a pas une ligne en trop. C’est remarquablement écrit, l’histoire se tient de bout en bout et ne faiblit pas. Il y a des dialogues qui sentent le jus de chique, et des descriptions qui raviront les fans de nature writing. (Keisha, cette précision est pour toi!) Et les personnages! Ah, les personnages, si drôles et attachants! Une vraie galerie (c’est le cas de le dire!) : le peintre bien sûr, mais aussi Sofia qui lui sert de modèle, Steve le galeriste chargé de vendre ses tableaux, les flics, les méchants…

C’est Sabine qui, de passage en Bretagne, a eu l’idée de m’offrir ce livre, et je crois qu’elle n’aurait pas pu mieux choisir. J’ai pris mon temps, savouré chaque page, ri souvent, et noté beaucoup de réflexions très justes sur la peinture. Malgré le côté un peu western que prend parfois le roman, lié à cette poursuite dans laquelle les armes et les poings parlent souvent, il se dégage de l’ensemble une vraie réflexion sur la vie, l’art, l’amour. Il y a entre les lignes une philosophie humaniste qui s’exprime et ne peut laisser personne indifférent.

Bref, vous l’aurez compris, ce roman est un incontournable, et si vous ne le lisez pas, c’est simple, je ne vous cause plus…

Peindre, pêcher et laisser mourir, Peter Heller, Actes Sud.

Extrait

Les choses viennent vite, sans qu’on y pense, comme un cheval qui vous renverse la nuit. Mais. Même si les gens comprennent ça, ils ne comprennent pas que parfois, les choses ne se passent pas ainsi. Parce que le processus a toujours été le suivant : des années d’artisanat ; puis la foi ; puis le lâcher-prise. Mais alors ce qu’on fait de mieux peut être le fruit d’un véritable calvaire. Des fragments mis bout à bout, déchirés, repris. Tout ce que l’on a appris, remis en question, la terrible crise de foi, la foi qui permet à tout cela de fonctionner. Mon Dieu. Après quoi, malgré tout, si on survit à l’avancée laborieuse et à la fièvre, il arrive qu’on produise sa meilleure œuvre. C’est cela qu’aucun de nous ne comprend.

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11 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. anne7500 dit :

    Il est déjà dans ma PAL, c’est déjà un bon point, non ? (Pas taper 😉 ) (Bon, j’espère qu’il n’y a pas trop de violence envers les animaux, j’ai horreur de ça.)

    1. Non, la violence envers la jument est le point de départ. Après, c’est plutôt entre les hommes… Effectivement, s’il est dans ta PAL, c’est déjà un bon point! 🙂

  2. Océane dit :

    Comme tu y vas ^^ bien, je serai sage et obéissante, et je prévois une petite place pour ce livre dans mes lectures très vite !

    1. Bon, c’est mieux comme ça! J’aime les gens raisonnables! 😉

  3. keisha41 dit :

    Je ne connaissais pas mais je sens que je vais devoir le lire (avec plaisir quand même?) Ta menace me fait peur!
    Oh mais un personnage qui s’appelle Stegner, forcément forcément, c’est fait exprès, non?

    1. Je pense qu’il te plairait bien. Pour la nature, la pêche à la mouche, le côté rugueux du personnage… Si je ne t’ai pas convaincue, là…

  4. aifelle dit :

    Je ne prendrai pas le risque que tu ne me causes plus !! je note, je note, et puis Actes Sud, souvent, la qualité est au rendez-vous.

    1. @ Aifelle : Voilà qui est sage… 😉

  5. sylire dit :

    Bon, j’ai du mal à imaginer qu’on ne se cause plus 😉

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