La maison dans les bois

La maison se dessine, noire, sur l’inextricable trame des branches effeuillées par l’hiver. Sa forme offre un repos momentané pour les yeux qui essaient de sortir de l’amas, de le dépasser, pour atteindre le ciel perclus de soleil. Eblouissement froid quand la lumière surgit à travers les nuages. Tu avances, retenu par la griffe des ronces et les racines qui saisissent tes chevilles. Tu lèves un bras pour te protéger, tu ne sais pas de quoi. Geste d’enfant qui pare à la menace. Tu fais un saut dans le temps. Tes pas se posent dans ce pays d’autrefois, celui des contes, plein de sortilèges et de créatures malfaisantes. Les souches estropiées, sous leur mousse verdâtre, t’observent en ricanant. Tu ne sais pas si tu vas y arriver. Tu ne sais pas non plus si tu pourras sortir d’ici. Le ciel et la terre se rapprochent, et tu crains de finir comme un trèfle à quatre feuilles entre leurs forces contradictoires.

La maison t’appelle et te repousse. Sa présence est un trou noir dans la forêt. Autour, le silence est plus épais. L’humus amortit le bruit de tes pas sous lesquels grouille une faune imputrescible. Tu sens les frissons remonter de tes reins à ta nuque, en longues vagues saisissantes. Qu’es-tu venu faire ici? Après quelles chimères cours-tu? Tu ne le sais pas. Tu te sens juste articulé par une force qui te dépasse. Mis en branle par une main qui a poussé entre tes omoplates et t’intime d’aller de l’avant. Créature rendue à sa primaire sauvagerie. Insecte crapahutant entre les fûts tordus par les incessantes malédictions de la vie. Alors tu te plies à cette volonté sous l’œil de l’astre. Soumis déjà à ce qu’on désigne sous le terme de destin, et qui n’est que le chemin que tu traces, peut-être malgré toi… 

Ce texte m’a été inspiré par une photo d’Aurélia Frey, extraite du recueil Apnée, réalisé avec Emmelene Landon, aux éditions Nonpareilles. J’avais depuis longtemps envie de vous parler de ce livre qui est posé sur mon bureau depuis des mois, mais sans forcément en faire une chronique classique.

J’ai choisi d’écrire un texte en regard d’une photo, parce que depuis longtemps déjà, je suis sensible au travail d’Aurélia, et que ses clichés dégagent des sensations tellement fortes qu’elles stimulent inévitablement l’imaginaire…

Peut-être y en aura-t-il d’autres…

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. aifelle dit :

    Je comprends que tu aies été inspirée par le livre d’Aurélia qui est superbe et dégage en effet une atmosphère très particulière.

    1. Gwenaëlle dit :

      @ Aifelle : je suis fan de son travail!

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