Nos vies mises en scène

Sur fond de plage idyllique, des pieds qui bronzent. Des amis qui trinquent. Un chemin dans la campagne écrasé par le soleil d’été. Des enfants qui s’éclaboussent. Un livre entamé posé sur l’accoudoir d’un fauteuil. La mer. La montagne. La terrasse du café. Le café qui fume encore dans sa tasse. Des ombres. Des arbres. Des portraits. Toutes nos vies mises en scène sur des pages virtuelles, les épisodes qui s’enchaînent sans logique, sans suite dans les idées. L’émotion raffinée par l’image. Eclats d’instants volés, dévoilés, partagés. On aime, on adore. Parfois, on est triste, aussi, faut pas croire. A quoi ça rime? On n’en sait rien. Est-ce que ça nous rapproche? Est-ce que ça nous informe sur les agissements de nos amis, de nos voisins? Est-ce qu’on se sent plus aimés, entourés, soutenus? 

Si on s’arrête cinq minutes, et qu’on y pense, on a plutôt l’impression désagréable qu’on le fait parce que tout le monde le fait. Parce que si on ne participait pas à la grande mise en scène générale de nos vies passionnantes, on serait un peu comme ces enfants non conformes dans la cour de l’école, et qui traînent, seuls, en shootant dans des cailloux que personne d’autre qu’eux ne voit. On est pris dans le mouvement. On a peur de faire autrement. Dire qu’on n’est pas Charlie, qu’on n’aime pas assez nos pieds pour les photographier et les faire voir au monde entier, que notre vie est privée et qu’on entend bien qu’elle le reste. Ni tout à fait contre, ni tout à fait pour, sans réel avis sur la question, on se montre un peu, à peine. On est ces femmes d’autrefois qui se croyaient canailles parce qu’elles avaient exposé leurs chevilles…

Le Truc, ce réseau qu’on dit social, ne tient que parce qu’il est une vis sans fin. Les saisons de nos vies s’y succèdent, emportées par leur propre mouvement. Empilement hétéroclite d’évènements minuscules qui semblent ne faire sens que parce que nous les avons figés, retouchés et exposés. Tout va si vite que régulièrement les algorithmes nous proposent un saut en arrière : nos souvenirs d’il y a un, trois, quatre ans. Nos vies compilées, digérées, recyclées… Et là, on découvre fasciné la même plage, les mêmes pieds, le même café sur la même terrasse, l’enfant avec dix centimètres en moins qui plonge dans la vague (en vrai, maintenant, c’est un ado qui ne sort plus de sa chambre…). On se dit alors que Facebook, pour finir, c’est pas si con. C’est même très nietzschéen : la mise en scène de nos petites vies est la preuve de l’éternel retour des choses…

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. aifelle dit :

    Je n’ai pas d’opinion vraiment arrêtée sur FB. Je préfère mon blog ! et on y voit le pire comme le meilleur. C’est un peu trop moutonnier souvent, il faut l’utiliser sans être dupe 😉

    1. Gwenaëlle dit :

      Je suis d’accord avec toi… C’est un outil. A nous de l’utiliser avec intelligence…

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