Police

Ils sont trois flics. Ce n’est habituellement pas de leur ressort, mais ils ont accepté la mission : accompagner un homme en situation irrégulière à l’aéroport pour qu’il soit reconduit dans son pays. L’essentiel du roman se déroule dans cette voiture de police en route vers Roissy. A bord, Virginie qui s’apprête à avorter de l’enfant que lui a fait Aristide, son amant et co-équipier, qui tient le volant, ainsi qu’Erik, leur responsable.

9782246861447-001-XRendue sensible à l’extrême par l’acte qu’elle s’apprête à accomplir sur sa personne, Virginie consulte – bien que ce soit interdit – le dossier qui accompagne l’homme menotté à ses côtés. Elle comprend vite que sitôt ramené dans son pays, il tombera aux mains de ses ennemis et sera sans doute tué. Dès lors, un dilemme cornélien taraude sa conscience : collaborer à la mise à mort de ce migrant, ou bien lui donner une dernière chance? Mais comment faire, pratiquement? Et surtout, comment convaincre ses collègues de devenir complices?

Passe d’être des tâcherons aux mille besognes qu’on appelle au bout du bout quand l’école n’y arrive plus, que les assistantes sociales baissent les bras, que les gardiens d’immeuble pètent les plombs. Passe d’être les couteaux suisses de l’ordre républicain, de supporter la hiérarchie et ses chefaillons en tous genres quand la tâche n’est rien de moins que labourer la mer. Passe de ne pas chanter en travaillant, de se prendre de plein fouet, sans filtre, tous les problèmes dans lesquels se débat ce pauvre monde, d’essuyer des jets de petits pois congelés, d’œufs pourris, de piles électriques, de boules de pétanque. Passe les travaux de peinture d’un commissariat à l’autre, passe d’avoir honte de son métier, passe de le cacher à ses voisins et aux parents de la crèche. Mais ce soir, c’est trop pour elle. Cette nuit, dans ce véhicule, à hauteur de Nogent-sur-Marne, la situation n’est pas franche. La mort s’est assise entre eux dans cette voiture. La mort avec son fouet à chiens. La mort qui pue.

Servi par une plume qui sait se faire originale et poétique, ce court roman d’Hugo Boris plonge au cœur de la question des migrants et de l’asile politique. Richement documenté, il montre l’envers du décor, ce qui se cache derrière les formulations administratives telles que « centre de rétention » ou « unité locale d’éloignement », qui banalisent la tragédie en édulcorant le vocabulaire qui s’y rapporte. C’est un roman à la fois palpitant et intimiste, sur un sujet rarement abordé par ce versant-là des choses. Une lecture passionnante et tonique!

Police, Hugo Boris, éditions Grasset. 

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8 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. aifelle dit :

    Je l’ai acheté hier 🙂

    1. Gwenaëlle dit :

      Oui, j’ai vu ça ! 😉 J’espère que tu l’apprécieras.

  2. anne7500 dit :

    Je sens que je vais craquer sur ce coup-là… Antigone a déjà été très tentante, alors…

    1. Gwenaëlle dit :

      Je l’ai trouvé original, intéressant et bien écrit… Ça fait pencher la balance du bon côté ! 😉

  3. Jerome dit :

    A ton tour de tomber sous le charme de ce roman. Décidément…^^

    1. Gwenaëlle dit :

      Un écrivain dont j’avais déjà lu un ou deux titres. Je savais un peu où je mettais les yeux! 😉

  4. sylire dit :

    J’ai un de ses romans (le premier je crois) dans ma pile à lire… Hum, je suis capable de faire passer celui-ci avant si l’occasion se présente.

    1. Gwenaëlle dit :

      Je serais curieuse d’avoir ton avis.

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