Sur l’écriture

Disons-le tout de suite : je n’ai absolument aucune légitimité pour parler de Bukowski parce que je ne l’ai pas lu. Quand l’agence Anne et Arnaud m’a proposé cet ouvrage, c’est son titre « Sur l’écriture » qui a emporté mon acceptation. J’étais curieuse de savoir quelle conception de l’écriture pouvait émerger de cette correspondance de l’atrabilaire le plus célèbre d’Amérique.

Charles Bukowski a des mots très durs sur ses contemporains, sur les autres auteurs, et sur son pays en général. Souvent avec raison, d’ailleurs, sa position de vieux loup solitaire lui donnant suffisamment de recul pour percevoir les tendances à l’œuvre (tendances qui n’ont fait que se durcir depuis…) .

Les politiciens et les journaux parlent beaucoup de liberté mais du moment que tu commences à l’exercer, que ce soit dans la Vie ou dans le monde de l’Art, tu es bon pour la prison, la moquerie ou l’incompréhension.

Le portait de l’auteur qui apparait en filigrane – misogyne, égoïste, joueur, buveur, et j’en passe… – n’a rien de flatteur. Sa fausse modestie n’arrange rien à l’affaire. Le type – c’est un comble – parait parfaitement imbuvable. Cependant, on ne peut s’empêcher d’admirer ce « fuckisme » débridé (si vous me passez ce néologisme américaniste douteux).  Parce que Bukowski n’en a rien à foutre. De rien. De  personne. A part peut-être de passer le plus de temps possible à écrire, écrire, écrire. Pas un gramme de politiquement correct dans tout ça. Il étrille ses amis, fustige Hemingway et Faulkner, consent à admirer du bout des lèvres « Voyage au bout de la nuit » de Céline, avant de décréter que ce dernier a fini par virer « vieille mémère en colère ».

buko_ecritureBref, le mec agace, mais sa mauvaise conscience revendiquée a quelque chose de sain dans notre époque où l’on n’ose plus rien dire par peur de se retrouver au tribunal, ou directement lapidé par l’opinion publique. Voire lynché par les réseaux sociaux. Si Bukowski a un dieu, il s’appelle Ecriture, et pour ça, il est prêt à tout sacrifier : son temps, sa santé, sa vie.

Ils croient que je m’en fous, ils croient que je ne ressens rien sous prétexte que mon visage est flétri et que les yeux me sortent de la tête tandis que je parcours le journal hippique une bouteille à la main. Ils ressentent les choses de façon si CHARMANTE, les enculés, les connards, les suceurs de citron de merde aux sourires visqueux, ils ressentent COMME IL FAUT, bien sûr, seulement ça n’existe pas les bonnes façons de ressentir, et ils finiront par s’en rendre compte… une nuit, un matin, ou peut-être un jour sur l’autoroute, dans un dernier grondement de verre et d’acier, de vessie déchirée, dans le rose grandissant du soleil couchant. Ils peuvent prendre leur lierre, leurs éléments métriques et se les mettre dans le cul… s’il n’y a pas déjà quelque chose de fourré là au fond.

Derrière le côté spectaculaire du personnage, une fois qu’on a enlevé toutes les couches destinées à tromper l’adversaire, l’humain se révèle en confessant ce qui le dépasse et ce qui le guide :

Quand les mots coulent à flots ça n’est pas parce que tu as choisi l’écriture mais parce que l’écriture t’a choisi. C’est quand elle te rend fou, quand elle te bouche les oreilles, les narines, s’incruste sous tes ongles. C’est quand elle constitue ton seul espoir.

Fallait-il autant de rodomontades pour en arriver là? Peut-être. Peut-être pas. Toujours est-il qu’il y a, dans la vie débridée de cet homme-là, une radicalité et une incandescence lorsqu’il s’agit d’écriture qui forcent l’admiration.

Sur l’écriture, Charles Bukowski, Au Diable Vauvert. 

A lire aussi, les billets de :

JérômeYvon et de Valérie.

8 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Yv dit :

    bel article, j’ai lu Bukowski dans ma jeunesse, il m’a plu puis agacé. je vois que tu es aussi passée par les mêmes états

    1. Gwenaëlle dit :

      Oui, exactement. Un peu excessif le bonhomme. Mais on n’en fait plus des comme ça…

  2. manika27 dit :

    ça fait du bien même si parfois ça agace !

    1. Gwenaëlle dit :

      Oui, un peu de poil à gratter mental! 😉

  3. Jérôme dit :

    Il est égal à lui-même dans ce recueil. Et forcément il ne laisse personne indifférent. Pour ça que je l’adore d’ailleurs.

    1. Gwenaëlle dit :

      Oui, j’avais cru comprendre qu’il était ton chouchou for ever! 😜

  4. valmleslivres dit :

    Je suis tout à fait d’accord avec toi. Je n’ai pas été emballée par le personnage (parce que c’est un personnage) mais son rapport à l’écriture m’a touchée.
    Merci pour le lien.

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