L’intelligence érotique

Le couple, ce mystère…

imgresEsther Perel est thérapeute de couple aux Etats-Unis. Dans L’intelligence érotique, elle se penche sur la difficile conciliation entre vie de couple et maintien du désir. L’auteur explique, en effet, que fonder une famille permet de dresser un rempart contre les coups et les blessures de la vie. Cependant, ce besoin de sécurité ne s’accorde pas avec l’amour, qui est par nature instable. A force de protection, les couples sombrent peu à peu dans l’ennui. Le plaisir, l’excitation, les frissons qui les saisissaient au début deviennent de vagues souvenirs que le quotidien affadit.

Pour l’auteur, la chute du désir serait une conséquence de l’intimité.

« Je crois que la façon dont nous construisons le lien affectif peut réduire le sentiment de liberté et d’autonomie dont se nourrit le plaisir sexuel. Quand l’intimité vire à la fusion, il ne s’agit plus d’un manque, mais d’un excès de proximité, excès qui entrave le désir. »

Esther Perel met en garde le lecteur contre les différents dangers qui peuvent guetter le couple : une trop grande transparence, une égalité jusque dans le lit qui ne s’accorde pas avec les jeux sexuels. Elle évoque aussi ce culte de la performance dont nous sommes tous victimes, et pas seulement dans les relations intimes.

L’érotisme n’a rien à voir avec l’efficacité. Au contraire, il aime la flânerie et le gaspillage. Ce produit de notre imagination ne peut être quantifié. En glorifiant l’efficacité, nous échouons à voir l’espace érotique comme un intermède radieux pendant lequel nous pourrions, indifférents aux critères de la productivité, nous abandonner avec délices : le plaisir serait notre seul horizon. C’est un saut dans un autre monde.

A travers des exemples, l’auteur démonte peu à peu ces mécanismes qui entravent l’amour et le désir. Elle explique comment l’arrivée des enfants, par exemple, bouleverse tout. Ou bien comment l’éducation reçue (notamment l’éducation religieuse) peut conduire à des idées préconçues, des a priori néfastes pour la vie de couple. Aimer suppose l’abandon total de soi, mais pour cela encore faut-il avoir confiance en l’autre et s’accepter tel que l’on est.

Le corps est aussi un lieu où nous entreposons la détresse et la frustration que nous avons endurées, et la souffrance que nous avons supportée. Avec intelligence, nos corps se souviennent de ce que nos esprits ont peut-être choisi d’oublier – le positif et le négatif. Peut-être est-ce pour cela que nos peurs les plus profondes et nos désirs les plus tenaces surgissent dans l’intimité sexuelle.

Sans tabou et avec humour, Esther Perel aborde le monde des fantasmes, des pratiques diverses et variées et des relations extra-conjugales, sans jamais porter de jugement. Parce qu’en vérité, il n’y a pas de modèle. Que l’on aime recevoir des fessées ou qu’on pratique les « fidélites plurielles », pour reprendre l’expression de Françoise Simpère, il n’y a pas de « bien » ou de « mal ». C’est à chaque couple d’inventer son mode d’amour, sa partition intime, dans le respect des désirs de chacun. Cela suppose une sincérité et une bonne communication, ainsi qu’une vraie complicité.

En guise de conclusion, cet extrait à mes yeux plein de sagesse, mais qui vous paraitra peut-être contenir son pesant de dynamite :

J’aimerais faire la suggestion suivante : que la monogamie soit vue comme un choix, et non comme quelque chose de donné. Ainsi elle deviendrait le résultat d’une décision négociée. Plus vrai encore si nous prévoyons de passer les cinquante prochaines années avec la même personne – et si nous voulons fêter ce jubilé dans la liesse -, il serait plus sage de revoir, à différents moments de la vie, le contrat qui nous unit. La manière dont chaque couple peut gérer l’Autre varie, mais au cours du long chemin à parcourir avec notre seul et unique amour, un acquiescement silencieux est sans doute plus apte à maintenir le désir, et peut-être même  à créer un nouvel art d’aimer pour le XXIème siècle.

L’intelligence érotique, Esther Perel, Pocket.

Ceci est ma première participation au Premier mardi, c’est permis, de Stéphie.

Mardi-c-est-permis

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19 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Stephie dit :

    Il a l’air très intéressant ce petit livre. Je le note. Et merci de ta participation, vraiment 🙂

    1. @ Stephie : Oui, il est intéressant et permet de faire le point… Où on en est, ce que l’on veut…

  2. Marion dit :

    Bienvenue dans le rendez-vous ! Je note le livre que tu chroniques, il a l’air plus sympa que celui que je mets à l’honneur aujourd’hui !

    1. @ Marion : c’est un essai, donc pas vraiment du genre croustillant, mais très intéressant néanmoins. Une bonne base pour discuter à deux, ou à plus… 😉

  3. Je ne suis pas sûre d’accrocher au thème…

    1. @ Amandine : à l’érotisme?

  4. ecrimagineur dit :

    Un sujet éternel, finalement, si complexe, et,donc, si passionnant … Merci !

    1. @ Ecrimagineur : oui, je crois qu’on n’en fera jamais le tour… 🙂

  5. sylire dit :

    C’est un vrai sujet. Chaque couple est confronté à l’usure et nous n’avons pas l’abnégation de nos grand-parents. Il nous faut donc trouver des solutions pour durer.

    1. @ Sylire : je veux que c’est un vrai sujet, dis donc! 😉 Oui, réinventer, se laisser de la liberté, s’écouter… il y a beaucoup à piocher dans ce petit ouvrage.

  6. manika27 dit :

    Merci pour cette présentation un livre qui peut aider plus d’un couple.

    1. @ Manika : je le pense, en effet… Après des années de vie commune, il est souvent nécessaire et utile de faire le point, pour mieux repartir, si c’est possible…

  7. Jerome dit :

    Ah, le culte de la performance… longtemps que j’ai fait une croix dessus 😉

    1. @ Jérôme : en bon hédoniste que tu es… 🙂

  8. noukette dit :

    Très intéressant oui, il y a beaucoup à dire sur le sujet…

    1. @ Noukette : et on ne prend peut-être pas assez le temps d’en parler, occupés que nous sommes à courir tout le temps…

  9. sous les galets dit :

    Mais euh est ce qu’elle pense que c’est possible quand même (la famille, le couple et l’érotisme) ?, parce que tout ça on le sait finalement, que l’arrivée des enfants change tout, que la sécurité ne renforce pas la libido etc…..
    Mais ce qui change vraiment tout de mon point de vue c’est la fatigue, le manque de temps et le fait de devenir vraiment adultes à un moment (avec des réflexions d’adultes: les impôts, le garage etc…). On dit qu’il faut garder ses yeux d’enfants dans la vie de tout les jours mais peut être aussi cela impliquerait-il de conserver ses folies de jeunesse sur d’autres plans.
    Ceci-dit moi je crois que c’est quand même possible qu’un couple traverse le temps avec des mises au point pour se garder l’un l’autre.
    Je le note bien sûr.
    (il est super bien ton billet)

    1. @ Galéa : oui, bien sûr, c’est même le principal du livre! Et c’est bien pour ça qu’elle est thérapeute de couple! 🙂 Et je suis d’accord avec toi : il faut faire le bilan de temps en temps, prendre en compte tout ce qui change, et ne pas hésiter à mettre en place des choses différentes, aux différents âges de la vie…

  10. ohoceane dit :

    Livre intéressant, mais je n’en ai pas besoin ^^ dit-elle prétentieuse 🙂

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