Nuit de septembre

Il y a ce fait brut, brutal, comme un mur sur lequel la raison bute : un jeune homme de vingt et un ans a décidé de se donner la mort. Au matin, ses parents le découvrent, trop tard pour le rendre à la vie.

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C’est ainsi que débute cette Nuit de Septembre, écrite par Angélique Villeneuve, écrivain, mais surtout mère confrontée au chagrin, à la perte et à la douleur de l’irréversible. D’emblée, elle refuse d’être réduite au statut de « mère d’un suicidé », car si la mort a frappé, la vie continue aussi. Avec les vivants, avec le père et les sœurs du jeune homme disparu. Avec les amis, les connaissances, les rencontres liées à son métier.

C’est cet « après » qu’aborde Angélique Villeneuve dans ce petit livre jaune. Comment elle essaie de faire face, et de négocier avec ce qui en elle est bouleversé au-delà des mots. Elle choisit pourtant de parler, de dire. Elle se place résolument du côté de la vie. Elle trouve ces plages musicales durant lesquelles elle peut laisser venir les larmes. Elle compose et elle fait face. Elle sonde et elle écrit.

Tu pleures un peu. Tu pleures longtemps. Tu pleures.

Ce sont des chansons d’amour.

Tu t’immerges au creux du sanglot comme dans la retenue d’une rivière et te laisses emporter, arracher à toi-même. Tu te rétractes et t’agrandis, tu t’affaisses et puis tu remontes, les bras et le ventre ouverts au courant délicieux de cette eau. C’est une nage, c’est un vol sous-marin.

Tu t’enfonces dans ce sirop-là et demandes qu’on t’y abandonne en paix un moment, poisseuse et répandue, tu voudrais tant qu’on te pardonne le plaisir de pleurer.

Mais voir dans ce récit seulement celui d’un deuil serait incroyablement réducteur car Angélique Villeneuve va bien au-delà. Par cette mise à nu intime, elle s’adresse au lecteur d’humain à humain. Elle dépasse la dimension liée à la perte et à l’affliction, pour décrire cette vie dont la mort fait aussi partie.  Avec une sincérité limpide, elle ouvre son cœur et partage. Et ne dit rien moins, à travers son écriture épurée et sensible, que ce fil, tressé de vie et de mort, est ce qui tous nous relie.

Alors, n’attendons plus et prenons-en le plus grand soin. Je ne sais pas si Angélique sera d’accord avec moi, mais c’est ainsi que j’ai perçu l’écho lancinant de cette Nuit de septembre.

Nuit de septembre, Angélique Villeneuve, Grasset. 

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22 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. clara dit :

    un texte lumineux , fort et si puissant !

    1. @ Clara : exactement! à lire et à faire lire d’urgence…

  2. sylire dit :

    Lu (et beaucoup aimé) mais pas encore chroniqué. Tant de choses à dire et tellement peur de ne pas bien les dire.
    « Elle décrit cette vie dont la mort fait partie », oui, c’est juste.

    1. Oui, beaucoup de pensées viennent lors de cette lecture, et on ne peut pas tout noter. Un livre riche.

  3. aifelle dit :

    Je vais le lire bientôt, en m’attendant à être bien remuée.

    1. Remuée, oui bien sûr, mais d’une façon qui ne plombe pas. Je pense que ça te plaira.

  4. Asphodèle dit :

    Je la vois partout (sauf quand je vais en librairie) et pourtant je l’ai déjà notée. Ton billet est sensible et pudique, sûrement à l’image de ses mots…je le lirai même si ce doit être douloureux…

    1. Très franchement, je redoute toujours les histoires qui évoquent la mort d’un enfant, et j’ai abordé cette Nuit de septembre avec un peu d’appréhension. Au final, je ne regrette pas de l’avoir lu. C’est un livre tourné vers la lumière et l’apaisement.

      1. Asphodèle dit :

        Moi aussi ce n’est pas un sujet …non pas que je le fuis, il ne faut pas nier mais disons que j’ai tendance à contourner longtemps les livres qui en parlent… Quand tu dis « lumière et apaisement » ça me fait penser à Bobin…qui transforme ses chagrins en joie (presque)… 😉

      2. Il y a de ça oui…

  5. anne7500 dit :

    J’ai tellement aimé (si je puis dire) la lecture de « Camille, mon envolée » de Sophie Daull que je ne peux que m’intéresser à ce texte qui semble très précieux sur ce thème. Oui, la mort fait partie de la vie, je suis bien d’accord.

    1. Je n’ai pas lu Camille mon envolée, alors je ne peux pas me prononcer. Ce qui est certain, c’est qu’on peut aborder le livre d’Angelique Villeneuve sans crainte de finir avec un stock de mouchoirs détrempés de larmes et le moral au plus bas. Au contraire, ai-je envie de dire…

  6. manika27 dit :

    Dans la ligne de « Camille mon envolée  » ? Je note merci 😉

    1. Je ne sais pas si les deux sont proches. Tu me diras…

  7. Océane dit :

    J’ai envie de le lire, même si je sens que ce sera difficile et émouvant. Mais c’est dans ces moments là qu’il est beau de trouver de la lumière, à travers l’écriture et le partage.

    1. Ta dernière phrase résume parfaitement ce que l’auteure a voulu faire, je crois…

  8. noukette dit :

    Tellement douloureux comme thème…

    1. Oui, mais traité ici de telle manière qu’au final, ce n’est pas la douleur qui reste mais le désir de vie…

  9. krolfranca dit :

    Tu en parles tellement bien…

    1. Parce que ça m’a touché profondément…

  10. angélique villeneuve dit :

    Merci Gwenaelle, pour ce fil dont vous parlez, c’est beau et fort lorsqu’il se tresse avec vous. Merci!

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